Prendre aux pauvres pour donner aux pauvres

Jusqu’à présent, Emmanuel Macron a surtout supprimé l’ISF pour baisser l’APL et les allocations chômage.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


e Monde, qui aime à se présenter comme un journal « de référence », nous informe très gentiment, dans la titraille d’un article mis en ligne sur son site ce (dimanche) matin, qu’« Emmanuel Macron entend lancer plusieurs réformes sociales avant la fin de son mandat ». Puis d’insister : « Le chef de l’État entend reprendre la main grâce à des réformes économiques et sociales. » L’on se connecte alors au merveilleux dico du Centre de recherches inter-langues sur la signification en contexte (Crisco) de l’université de Caen-Normandie (1), où l’on (re) découvre d’abord, pour le mot « réforme », cette définition-ci : « Modification effectuée dans un but d’amélioration. » Puis, pour l’adjectif « social », cette définition-là : « Qui favorise l’amélioration des conditions matérielles du plus grand nombre. »

Voilà qui est bath, se dit-on alors, car tout cela signifie donc – si du moins les mots choisis par Le Monde ont bien le sens que leur affecte ce dictionnaire – que M. Macron, dont le mandat s’achève dans un peu moins d’un an, va procéder, dans les mois qui viennent, à d’importantes modifications, à la fin d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre d’entre nous.

Et voilà qui est aussi nouveau, se dit-on juste après, car le fait est que, jusqu’à présent, Emmanuel Macron a surtout baissé le montant de l’aide personnalisée au logement (APL), qui est versée tous les ans à près de 3 millions de foyers, puis supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), auquel étaient assujetti·es 360 000 contribuables, puis baissé le montant des allocations qui sont versées mensuellement à un peu plus de 3 millions de chômeurs et chômeuses (2).

Ce président a donc œuvré, depuis son élection, à améliorer les conditions matérielles d’un tout petit nombre de nanti·es en dégradant celles de millions de sans-le-sou. On se réjouit donc de découvrir, dans le papier du Monde, qu’il a enfin décidé, mieux vaut tard que jamais, de mieux équilibrer ses élans – en installant par exemple une « garantie jeunes » sous la forme d’une allocation allant jusqu’à 500 euros par mois.

Mais hélas, cette joie ne dure pas. Car cet article, dont la titraille est donc un peu trompeuse, mentionne ensuite le minuscule détail que, pour financer cette admirable conversion, Emmanuel Macron a « remis sur la table la possibilité de relancer une réforme des retraites » – dont on sait qu’elle prévoit, telle qu’il la conçoit, qu’un·e salarié·e devra travailler au minimum jusqu’à 64 ans pour percevoir sa retraite à taux plein, contre 62 ans aujourd’hui.

Après avoir pris aux pauvres pour donner aux riches, le chef de l’État projette donc désormais, avec la même tranquillité, de prendre deux années de leur vie aux retraité·es pour donner aux jeunes pauvres – un peu comme s’il savait que la presse de référence adore saluer dans ces tragiques régressions d’admirables avancées « sociales »

(1) Qui se trouve en suivant ce (précieux) lien : https://crisco2.unicaen.fr/des

(2) Soit une moitié environ des 6 millions de demandeurs et demandeuses d’emploi que compte officiellement notre cher et vieux pays.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.