« Une fois que tu sais », d'Emmanuel Cappellin : « La planète a tout son temps, mais nous ? »

Dans Une fois que tu sais, Emmanuel Cappellin part de sa propre prise de conscience de la catastrophe écologique pour en tirer du politique.

Dans la pénombre de son bureau, Emmanuel Cappellin griffonne des dizaines de graphiques dans son carnet. L’un d’entre eux tente de matérialiser l’évolution de l’humanité et ses conditions de (sur)vie de 1900 à 2100. Le feutre noir dessine délicatement les courbes : au XXe siècle, celles représentant l’industrie, la nourriture, la population et les pollutions sont en constante progression ; celle nommée « Ressources » diminue doucement. Passé la ligne centrale du « Présent », c’est la chute générale.

Ce schéma vertigineux est tiré d’un ouvrage sorti en 1972, Les Limites à la croissance (dans un monde fini), plus connu sous le nom de « rapport Meadows ». L’enjeu était alors de modéliser les conséquences sur le long terme du maintien de la croissance économique. La voix de Dennis Meadows, l’un des auteurs, se superpose au dessin : « Il y a quarante ans, il était encore théoriquement possible de ralentir les choses. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Cela signifie que nous entrons dans une période de déclin incontrôlé. » À l’époque, le séisme n’a pas eu lieu. Et aujourd’hui ? Si la prise de conscience de la crise climatique est indéniable, la véritable question est : comment faire le deuil de notre civilisation dite moderne et nous adapter à de nouvelles conditions de vie ?

Une fois que tu sais n’a pas la prétention de fournir un kit de l’écolo parfait ni ne cherche à culpabiliser le spectateur, et encore moins à brosser un tableau apocalyptique de l’avenir. Emmanuel Cappellin, réalisateur et protagoniste du film, est lucide : « Même si le pari reste de péter la bulle des écolo-convaincus, c’est un film pour les Occidentaux, un film de privilégiés pour des privilégiés qui peuvent se permettre de se poser la question de demain. Mais c’est aussi l’histoire d’une génération. »

Les notions d’écoanxiété, de solastalgie et d’effondrement tissent la toile de fond du documentaire sans dire leur nom, percutant l’actualité. Une étude récente de la revue The Lancet Planetary Health dévoile que 45 % des jeunes sondés dans dix pays se sentent affectés par l’écoanxiété dans leur vie quotidienne. Une réalité qui était loin d’être autant verbalisée et généralisée lorsque les premières lueurs du film ont surgi dans l’esprit d’Emmanuel Cappellin en 2012.

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