Waly Dia : « Je fais rire les gens qui luttent »

S’il s’est d’abord tenu à l’écart des thèmes politiques par crainte d’hypothéquer sa carrière, l’humoriste assume désormais pleinement ses partis pris. Pour Politis, il revient sur son parcours, livre ses secrets d’écriture et évoque les règles qu’il s’impose dans l’exercice délicat de l’humour politique.

Erwan Manac'h  et  Hugo Boursier  • 19 janvier 2022 abonné·es
Waly Dia : « Je fais rire les gens qui luttent »

Qu’est-ce qui vous a construit politiquement ?

Waly Dia : Ma conscience politique est née de mon vécu. À mes débuts, j’aurais été incapable de citer la moindre référence, le moindre courant politique. Les politiciens ne m’intéressaient pas. En revanche, les conséquences de la politique sur la vie des gens, je les ai vues et je les ai subies. Artistiquement, j’ai commencé tout de suite par ça. Dès mes premiers sketchs pour l’émission « On ne demande qu’à en rire » [sur France 2], je me suis grimé en dictateur africain, en terroriste, j’ai fait accoucher Carla Bruni… Mais j’ai été beaucoup coupé au montage, beaucoup mis à l’écart et censuré. Il faut appeler un chat un chat !

Vos sketchs étaient-ils relus à l’avance par la production ?

Non, mais ils étaient souvent coupés au montage. À l’époque, j’avais 22 ou 23 ans, j’étais un gamin, je vivais seul à Paris et j’essayais de gagner ma vie avec ce métier. Cela démarrait bien. La porte du Jamel Comedy Club s’est ouverte, ce qui m’offrait une super exposition à un moment charnière pour les humoristes, parce qu’un vivier de jeunes talents était en train de se constituer. Mais le problème du Comedy Club, c’est que les thématiques politiques ne marchent pas sur scène. Ce qui nous est aujourd’hui reproché comme un humour « communautaire », le fait de prendre des accents, etc., c’est en réalité ce qui fonctionne face au public. À ce moment-là, j’entre donc dans d’autres codes, en me concentrant sur des choses plus anecdotiques, parce que je veux percer. C’est ce qui explique mes erreurs de choix. Je suis tombé dans certaines facilités, desquelles, une fois mon contrat expiré, j’ai pu me détacher. Ce n’est évidemment pas de la faute du Comedy Club, c’est un univers, un mécanisme qui fonctionnait à ce moment-là.

Je suis ensuite resté un an sans jouer. Cela m’a permis de réaliser que cela me faisait davantage mal au ventre de ne pas dire ce que j’avais à dire. Ça a été un réamorçage pour moi. J’avais aussi plus d’expérience. Je maîtrisais mieux l’arme de l’écriture, ce qui m’a permis d’aller sur des thèmes plus sensibles.

Cela veut-il dire que la précarité de la scène du rire dissuade les nouveaux talents d’investir le champ de l’humour politique ?

Cela reste possible avec un peu plus de vécu. Si tu arrives dans ce métier à 30 ans, avec une certaine maturité. Cela dépend aussi d’où tu viens. Je n’avais pour ma part aucun appui. Donc oui, malheureusement, il y a un moment où la précarité entraîne une autocensure. Mais je pense que certains journalistes vivent des situations comparables. Ils n’ont pas forcément envie d’écrire tel article « pute à clics » ou tel reportage, mais comme la rédaction qui les paye le leur demande, ils n’ont pas d’autre choix. Ou ils acceptent, ou ils démissionnent. J’aurais peut-être dû me barrer, mais je l’aurais regretté. Car, après avoir un peu mangé du pain sec – en m’interdisant certains thèmes –, j’ai gagné en liberté.

Avez-vous connu le

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Temps de lecture : 13 minutes

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