À l’Assemblée, le vrai visage de Marine Le Pen

Après une mandature de députée, les silences et les absences de la candidate d’extrême droite sont aussi parlants que ses votes.

Michel Soudais  • 20 avril 2022
Partager :
À l’Assemblée, le vrai visage de Marine Le Pen
© Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

À l’Assemblée nationale, Marine Le Pen est une grande muette. Élue députée en 2017, après treize ans passés sur les bancs d’un Parlement européen qui l’accuse d’avoir personnellement détourné près de 140 000 euros d’argent public, elle n’a guère cherché la lumière. Isolée, tout en haut à droite de l’hémicycle, avec six élus de son parti, elle a accompli son mandat sans éclat. Par prudence autant que par désintérêt pour l’institution parlementaire, elle a peu pris la parole en séance plénière, encore moins en commission, évitant de trop se dévoiler. Mais ses absences sont aussi parlantes que ses votes : elle a ainsi voté la prorogation de l’état d’urgence antiterroriste (6 juillet 2017), la proposition de loi Sécurité globale (24 novembre 2020), ratifié l’ordonnance réformant le code de la justice pénale des mineurs (16 février 2021). Ces derniers mois, elle n’intervenait plus que pour dénoncer les outils de gestion de la crise sanitaire, dont les passes sanitaire et vaccinal attentatoires aux libertés, selon elle. En septembre, elle avait toutefois accepté sans ciller de proroger l’état d’urgence sanitaire… dans les outre-mer.

Le lepénisme en actes

Économie et social

© Politis

Dans l’examen du budget (octobre 2021), le RN a demandé par amendements la suppression de la contribution à l’audiovisuel public, l’augmentation de la réduction d’impôt pour les dons destinés à la restauration du patrimoine religieux bâti, la réduction de 10 milliards d’euros de la contribution de la France au budget de l’UE. Et que « la protection complémentaire santé [soit] attribuée aux seules personnes de nationalité française ».

Proposition de loi pour interdire « toute délibération politique […] aux organisations syndicales de magistrats » (16 nov. 2018).

© Politis

À trois reprises en 2021, les eurodéputés RN se sont opposés à la levée des brevets sur les vaccins. Ils ont aussi refusé (16 mars 2021) que la responsabilité des multinationales puisse être mise en cause en cas de violations des droits humains ou de dommages environnementaux. Ils se sont abstenus le 15 septembre 2021 sur une résolution promouvant la présomption de salariat des travailleurs ubérisés.

écologie

© Politis

Pour la réautorisation des pesticides « tueurs d’abeilles » dans la culture des betteraves sucrières (6 octobre 2020).

Dans le projet de loi contre le dérèglement climatique (avril 2021), le RN s’est opposé à la réduction de la publicité pour les produits polluants dans les médias, à l’interdiction de la publicité aérienne, à la taxation des engrais azotés minéraux, destinée à réduire leur usage, et a demandé de reporter au 1er janvier 2025 l’interdiction des terrasses chauffées des restaurants.

© Politis

Le RN a voté contre la mise en place de meilleurs critères environnementaux et climatiques lors de l’élaboration de la nouvelle PAC (Politique agricole commune), en octobre 2020.

Dans le rapport sur un marché unique plus durable, il a rejeté un amendement qui proposait de durcir la formulation sur l’obsolescence (3 novembre 2020).

Droits des femmes

© Politis

Vote contre l’allongement du délai de 12 à 14 semaines pour pratiquer l’IVG par les deux députés RN présents (23 février 2022).

Vote contre le projet de loi bioéthique légalisant la PMA pour toutes les femmes (29 juin 2021).

© Politis

Vote contre une résolution condamnant l’interdiction de fait du droit à l’avortement en Pologne (26 novembre 2020).

Vote contre une résolution sur l’écart de salaire entre hommes et femmes (30 janvier 2020). En 2016, Marine Le Pen et ses élu·es avaient voté contre la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.

Immigration

© Politis

Vote le 19 avril 2018 de l’article 5 du projet de loi Asile immigration qui prévoit de réduire à 90 jours (contre 120) le délai dont dispose un étranger pour déposer une demande d’asile devant l’Ofpra.

Dépôt le 3 novembre 2020 d’une proposition de loi de Marine Le Pen pour « rendre [les] tests osseux obligatoires » pour les mineurs étrangers isolés avant toute prise en charge par les départements.

Demande chaque année par amendement la suppression de l’aide médicale d’État (AME) lors de l’examen du budget de la Sécu.

© Politis

Le 9 mars 2022, les eurodéputés RN ont voté contre un texte qui souligne le rôle de la culture, de l’éducation, des médias et du sport dans l’inclusion sociale, et demande une tolérance zéro contre le racisme.

International

© Politis

Marine Le Pen a réclamé en octobre 2017 la création d’une commission d’enquête parlementaire pour évaluer « le rôle de la France vis-à-vis des organisations armées d’opposition au régime légitime de Damas ».

© Politis

Le RN a voté contre des résolutions condamnant la tentative d’assassinat d’Alexeï Navalny (septembre 2020), les violations de droits humains commis par des sociétés privées, dont Wagner (25 novembre 2021), la répression de la société civile en Russie, en particulier visant l’organisation Memorial (16 décembre 2021).

Une élue absente sur ces textes 

  • Rétablissement de l’ISF

  • Réforme des retraites

  • Violences au sein de la famille

  • Protection des mineurs victimes de violences sexuelles

  • Extension du RSA aux 18-25 ans

  • Taxer les profiteurs de crise

  • Protection des lanceurs d’alerte

  • Reconnaissance de l’endométriose comme affection de longue durée

  • Démocratiser le sport en France

  • Combattre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement

Seulement 411 votes en 5 ans

Durant toute la législature, Marine Le Pen aura participé à moins de 10 % des 4 419 scrutins publics organisés dans l’Hémicycle. Un chiffre qui, à lui seul, résume sa très faible activité au Palais-Bourbon. Alors que les députés ont eu à voter sur 430 projets de loi, propositions de loi ou résolutions lors de ces scrutins, elle ne s’est prononcée que sur 101 d’entre eux.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »

Lucie Castets, maire du 12e arrondissement de Paris, réaffirme son engagement en faveur d’une primaire de la gauche et des écologistes pour 2027. L’ex-candidate du NFP à Matignon appelle à un rassemblement mardi 5 mai à Paris pour les 90 ans du Front Populaire et relancer la dynamique unitaire de la gauche.
Par Alix Garcia
Comment l’Europe finance des fondations fascistes
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Comment l’Europe finance des fondations fascistes

La Sovereignty Foundation, qui dépend du groupe politique européen auquel sont affiliés Reconquête ! ou l’AFD, a reçu une subvention de 1,1 million d’euros alors que ses membres enfreignent régulièrement les valeurs d’égalité et de respect inscrites au règlement de l’Union européenne.
Par Hugo Boursier
« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027
Décryptage 29 avril 2026 abonné·es

« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027

Derrière le mot d’ordre de « nouvelle France », à la fois panorama social et slogan politique, le triple candidat à la présidentielle pourrait avoir trouvé un récit capable de mobiliser les classes populaires. Tout en installant une confrontation avec l’extrême droite.
Par Lucas Sarafian
« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »
Entretien 29 avril 2026

« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »

Demba Traoré, le nouveau maire du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, revient sur les conditions de sa victoire et la portée politique de la liste citoyenne qu’il a conduite.
Par Hugo Boursier