Face à Balance ton bar, des gérants ivres de rage

Le mouvement de libération de la parole des femmes bouscule les établissements, lesquels n’hésitent pas à menacer les personnes en charge des comptes Instagram qui dénoncent les agressions.

C’est une habitude que Lola (1) a prise chaque matin : ouvrir sa boîte aux lettres pour vérifier qu’elle n’a pas reçu de plainte en diffamation. Pour l’étudiante d’une vingtaine d’années qui s’occupe d’un compte Balance ton bar sur Instagram, le rituel vire à l’angoisse. Elle se sent épiée. À découvert. Depuis qu’elle a reçu une mise en demeure à la suite de la publication de deux témoignages mettant en cause des membres du personnel d’un établissement en vue pour des faits de viol, la militante féministe en est sûre : « Leur objectif, c’est d’éradiquer le compte Instagram. » Forte de plusieurs milliers d’abonnés, la page qu’elle administre depuis le début du mouvement cible des incidents ayant eu lieu dans de nombreux bars et boîtes de sa ville. Comme pour les autres comptes liés à plus d’une trentaine de villes françaises, les contenus lèvent le voile sur des pratiques souvent invisibilisées, jetées sous les plis d’une nuit plus sexiste que subversive. On y lit le récit de remarques déplacées, de soumissions chimiques ou d’agressions sexuelles. Mais, sur la page gérée par Lola, la publication des témoignages s’est subitement arrêtée. Après avoir retiré les messages visés par la mise en demeure, elle a préféré se mettre en retrait. À cause de cette menace qui, selon elle, aurait pu l’embarquer dans des procédures longues et coûteuses. « J’ai l’impression d’avoir trahi la parole des victimes », regrette-t-elle, encore sonnée par cette période. « Elles ont eu l’impression que je changeais de camp. » Elle cherche désormais à passer la main. « Je n’y arrive plus », lâche-t-elle. Difficile, quand on est seule et souvent sans formation juridique, de tenir face aux intimidations du puissant milieu de la fête.

Si le mouvement Balance ton bar a nourri les médias en alarmant sur les agressions à la seringue, l’attention se fait plus discrète lorsqu’il s’agit de connaître le quotidien des personnes qui gèrent les comptes. Pour ces anonymes, majoritairement des femmes, les rapports avec les établissements visés sont souvent conflictuels.

Il reste 77% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 5€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.