Bruce Springsteen : chanteur de soul
Bruce Springsteen replonge dans sa jeunesse avec un album de reprises.
dans l’hebdo N° 1736-1738 Acheter ce numéro

© ALERIE MACON / AFP
Publiée en 2016, l’autobiographie du chanteur s’ouvrait par une phrase qui reste amplement citée : « Dans la ville balnéaire d’où je viens, avec son boardwalk [« sa promenade », NDLR], tout est un peu en toc. Moi, c’est pareil. (1) » Escroc, Springsteen, parce qu’il s’est fait le porte-parole des classes populaires américaines, la voix des travailleurs, alors que lui n’a jamais exercé une autre profession que celle d’artiste.
Escroc, Springsteen, parce que les personnages qui hantent ses textes ne sont pas nés d’une expérience vécue, mais le fruit de son don pour l’empathie et l’observation. Nombreux sont ses albums qui plongent dans le quotidien des classes populaires américaines, le plus emblématique restant sûrement Nebraska, sorti en 1982, auquel Michaël Bourgatte vient de consacrer une belle étude détaillée aux éditions Densité (2).
Avec son nouvel album, Springsteen décide d’explorer une autre frange de la population américaine. Cette fois-ci, il n’est plus question des zones industrielles du New Jersey, mais des quartiers africains-américains des grandes villes. Il rend hommage à la soul, une musique qui, insiste-t-il, a bercé son enfance. Sur la côte du New Jersey, en été, les artistes de soul de l’Est et du Midwest jouaient dans les clubs.
Springsteen s’est imprégné de leur musique et il explique que de nombreux musiciens du coin ont été influencés par ces concerts estivaux. Cinquante ans plus tard, la pandémie s’installe et Springsteen est reclus dans sa ferme du New Jersey. Tous les jours, dans son studio, il enregistre, mais il peine à écrire. Il décide alors d’en profiter pour laisser s’exprimer ses talents de chanteur.
Un premier disque est enregistré, mais le « Boss » n’est pas satisfait. Il cherche un nouveau projet et tombe sur le titre Do I Love You (Indeed I Do) de Frank Wilson (1965). Quoi de mieux pour travailler le chant qu’un morceau de soul ? Pour Springsteen, tous les plus grands chanteurs se sont illustrés dans ce genre, et lui souhaite en faire autant.
Arrangements rétroQuinze morceaux constituent l’album ; des titres méconnus, allant de Only the Strong Survive, de Jerry Butler (1968), qui donne son nom au disque, à When She Was My Girl, popularisé par les Four Tops en 1981, en passant par Nightshift, une chanson des Commodores enregistrée en 1985 en hommage à Marvin Gaye et Jackie Wilson.
Springsteen y pose sa voix sur des arrangements rétro, souvent proches des versions originales, qui laissent la part belle aux orgues
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