Ce que les syndicats ont appris des gilets jaunes

Forte mobilisation dans les villes petites et moyennes, coagulation des colères, appel à manifester le samedi. Quatre ans après s’être fait déborder par le mouvement des gilets jaunes, les syndicats semblent en avoir retenu les enseignements.

Pierre Jequier-Zalc  • 8 février 2023 abonné·es
Ce que les syndicats ont appris des gilets jaunes
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 19 janvier 2023.
© Lily Chavance

Mardi 31 janvier, 1,272 million de personnes sont descendues dans la rue en France, selon le ministère de l’Intérieur. Contre une réforme sociale, on n’avait plus vu ça depuis 1995. C’est dire l’ampleur qu’a prise cette mobilisation contre la réforme des retraites. Et si les chiffres de la manifestation restent exceptionnels à Paris, c’est la mobilisation dans les villes petites et moyennes qui a le plus surpris.

« 6 000 à Saint-Omer, 4 600 à Auch, 9 000 à Saint-Quentin. Même sur la petite île de Groix, il y a eu 300 personnes ! C’est du jamais vu », souffle un cadre de Force ouvrière. Au sein des organisations syndicales, on ne s’attendait pas forcément à un succès si éclatant. « Je pense que les syndicats ont été surpris de ce succès. Avant le 19 janvier, on sentait la CFDT très prudente. Pour eux, c’était un peu quitte ou double, rien n’était certain », analyse Dominique Andolfatto, politiste, spécialiste des syndicats.

Aujourd’hui, à la veille d’un samedi 11 février qu’elles annoncent déjà comme historique, les organisations syndicales ont prouvé leur capacité à mobiliser largement, et au-delà de leurs cercles militants. Dans les cortèges, il n’est ainsi pas rare de croiser des primo-manifestants : « D’habitude, je ne manifeste pas. Je ne suis pas syndiqué, rien. Mais là, j’estime que le contrat social est cassé », explique Jean-Pierre, conducteur d’autocar de 58 ans, dans les rues de Laon (Aisne).

Coagulation des colères

Plusieurs, aussi, soulignent une accumulation de colères, dans des territoires où les préoccupations de pouvoir d’achat et de disparition des services publics viennent

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Travail
Temps de lecture : 4 minutes

Pour aller plus loin…

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Luttes 3 juin 2026

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?

Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
Par Céline Martelet, Alix Garcia et Juliette Heinzlef
Villes RN : un avant-goût de la mise au pas de la démocratie
Analyse 3 juin 2026 abonné·es

Villes RN : un avant-goût de la mise au pas de la démocratie

Le Rassemblement national ou ses alliés politiques n’aiment pas les organisations syndicales. Les 62 municipalités qu’ils contrôlent désormais sont des laboratoires où ils testent leurs méthodes contre les représentants des travailleurs et travailleuses.
Par Céline Martelet
« Plus d’implantation syndicale, c’est moins de vote pour l’extrême droite »
Entretien 3 juin 2026 abonné·es

« Plus d’implantation syndicale, c’est moins de vote pour l’extrême droite »

Kamel Brahmi est secrétaire général de l’Union départementale CGT de la Seine-Saint-Denis. Alors que les « idées nauséabondes » du RN et autres partis nationalistes infusent, comme ailleurs, dans ses rangs, il agit au quotidien pour remobiliser et muscler, à son échelle, une organisation historiquement la plus proche du monde ouvrier.
Par Céline Martelet
Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle
Analyse 29 mai 2026 abonné·es

Congrès syndicaux : le dilemme de la présidentielle

Au mois de juin, après FO, c’est au tour de la CGT et de la CFDT d’organiser leurs congrès. Des rendez-vous très importants pour ces organisations, à un an des échéances électorales de 2027. De quoi susciter des débats en interne, notamment sur la lutte contre l’extrême droite.
Par Victor Fernandez