« Faire de l’hospitalité la condition de l’humanité elle-même »

Dans Accueillir, un essai radical et revigorant, la philosophe Marie José Mondzain privilégie le terme d’adoption et celui de philiation, ainsi orthographié, pour rendre à la notion et à l’acte d’accueil son extrême richesse humaine et politique.

Christophe Kantcheff  • 22 novembre 2023 abonné·es
« Faire de l’hospitalité la condition de l’humanité elle-même »
À Paris, le 11 novembre 2023. "Le voyageur et le nomade sont nos hôtes et nous mettent à notre tour en mouvement. On ne fait que passer !"
© Maxime Sirvins

Marie José Mondzain fait partie des grands noms de la philosophie, et son immense travail sur les images, qui s’est traduit par un livre fondateur, Image, icône, économie. Les sources byzantines de l’imaginaire contemporain (1996), l’a conduite à des réflexions très actuelles. Sur la censure notamment (L’image peut-elle tuer ?, 2002). Intellectuelle engagée, elle participe à moult combats alliant l’exigence et la radicalité de la pensée.

Comment, à partir de votre ample travail sur les images, auquel vous avez consacré plusieurs livres, en êtes-vous venue à réfléchir à la question de l’accueil ?

Il y a deux niveaux possibles de réponse à cette question : celui d’une nécessité intérieure, d’une mobilisation subjective, et celui de la nécessité extérieure, d’une urgence collective. Je me suis intéressée à la question de l’image sans doute parce que mon père, artiste peintre, a été condamné, rejeté et même maudit par son père pour péché d’idolâtrie. Il me fallait résoudre cette rupture de filiation et trouver la zone d’apaisement et d’accueil dans la création, et d’une façon plus générale dans tout geste fictionnel. Mais, dans le même mouvement, le constat généralisé d’une inflation envahissante des images dans le monde capitaliste néolibéral faisait de cette question un enjeu collectif radicalement politique. Ma génération lisait Guy Debord et sa condamnation politique de toute production visuelle et spectaculaire. Je voulais défendre la cause des images à condition d’en comprendre l’histoire, d’en repérer les contradictions et de formuler une pensée critique. Il me fallait en défendre la légitimité, la puissance imaginaire et l’efficacité politique sans jamais céder sur l’usage que les champions de la communication et du marché pouvaient en faire – et continuent d’en faire au mépris de toute liberté. 

C’est ce second versant qui a nourri et amplifié le champ critique de mon

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