Européennes : l’écologie six pieds sous terre

À une encablure du scrutin européen, le sujet environnemental peine à se faire une place dans le débat public. Comment expliquer ce passage à la trappe alors que les scientifiques ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur le dérèglement climatique ?

Éléna Roney  • 7 juin 2024 abonné·es
Européennes : l’écologie six pieds sous terre
Meeting de Marie Toussaint (Les Écologistes) à Aubervilliers, le 2 juin 2024.
© Maxime Sirvins

Alors que le monde connaît de nouveau des hausses inédites de température, que le réchauffement s’accroît à un rythme record de 0,26 degré par décennie, que la Grèce est confrontée à des incendies ravageurs et redoute un été compliqué et que le mois de mai affiche une température 1,52 °C supérieure à un mois de mai normal de l'ère préindustrielle, la question écologique apparaît comme la grande oubliée de ces élections européennes. Pourtant en 2019, 43 % des Européen·nes et 52 % des Français·es se disaient préoccupé·es par la lutte contre le changement climatique, selon Eurobaromètre. Des chiffres retombés aujourd’hui à 27 et 37 %. Une baisse conséquente qui trouve plusieurs explications.

L'écologie redevient de plus en plus un secteur de politiques publiques, un petit bout du discours.

T. Rioufreyt

Tout d’abord, « le rythme d’actualité n’a pas permis de donner la part belle aux questions écologiques. Si on compare avec 2019, des conditions permettaient de favoriser l’émergence de la question écologique dans le discours politique avec les marches pour le climat, la parution des rapports du GIEC, ou encore le contexte de vagues de chaleur » énonce Phuc-Vinh Nguyen, chercheur en politique française et européenne de l’énergie à l’institut Jacques Delors. La question environnementale se retrouve alors éludée, ou reléguée au second plan des débats, des meetings et de certains programmes politiques.

Thibaut Rioufreyt, maître de conférences en science politique à l’Université Lumière Lyon-2, abonde :  « Au niveau des occurrences, on parle moins d’écologie dans les meetings. Elle redevient par ailleurs de plus en plus un secteur de politiques publiques, un petit bout du discours. » Phuc-Vinh Nguyen insiste : « C’est important de rappeler qu’il faut vraiment faire une distinction entre les programmes des candidats et ce qui est discuté dans les débats. » À gauche, Les Écologistes, la France insoumise, et Place Publique-PS, sont en effet forces de propositions pour lutter contre le dérèglement climatique. Pour le reste de l’échiquier politique, il en va autrement. Plus le curseur se déplace à droite, plus l’écologie est fustigée.

"L'écologie punitive", une aubaine pour l'extrême droite

Le programme de Renaissance se montre ainsi moins ambitieux qu’en 2019, promouvant « une écologie à l’européenne, faite de croissance, de production et d’innovation » et une « croissance verte. » Le parti des Républicains souhaite quant à lui « une écologie des résultats et non de la décroissance », et « dénonc[e] l’écologie de gauche totalitaire qui prône la décroissance et veut imposer un contrôle social sans précédent des comportements individuels. » Le Rassemblement National, qui avait proposé en 2019 un semblant de programme écologique, avec la notion de « localisme », se targue désormais de « défendre une écologie raisonnable, à rebours de l’écologie punitive du 'Pacte vert'. »

Une attaque permise en partie par Emmanuel Macron, qui, bien qu’affirmant lors de la campagne présidentielle de 2022 que son quinquennat serait « écologique ou ne sera[it] pas », parlait de « pause environnementale » en mai 2023. Phuc-Vinh Nguyen asserte : « Avec ce terme, il y a eu un glissement sémantique qui a bénéficié à l’extrême droite et qui légitime leur argument. »

Pour Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) : « Le terme d’écologie punitive est une arme terrible, c’est un slogan très parlant. Il représente une aubaine pour la droite et l’extrême droite, parce que si la sobriété consiste à se priver, elle ressemble à une punition. »

Sémir Badir, ​​directeur de recherches du Fonds national belge de la recherche

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