« Il y a une radicalisation à droite du bloc bourgeois »

L’économiste Stefano Palombarini, qui analyse depuis 2017 les évolutions du « bloc bourgeois » à l’aune du macronisme et de la normalisation de l’extrême droite, revient pour Politis sur les reconfigurations politiques après la dissolution de l’Assemblée nationale.

Hugo Boursier  • 11 juin 2024
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« Il y a une radicalisation à droite du bloc bourgeois »
Un bureau de vote à Nice, le 9 juin 2024, jour d'élections européennes.

Maître de conférences à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Stefano Palombarini a publié avec Bruno Amable un ouvrage en 2022, intitulé Où va le bloc bourgeois ? (édition La Dispute). Tous deux économistes, ils analysaient le bilan du premier quinquennat d’Emmanuel Macron après leur premier ouvrage publié en 2017, L’illusion du bloc bourgeois (Raisons d’agir). Dans cette interview, Stefano Palombarini examine les nouvelles configurations politiques après la dissolution de l’Assemblée nationale et les résultats des élections européennes.

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Quels enseignements tirez-vous de la dissolution décidée par Emmanuel Macron ?

Stefano Palombarini : C’est un pouvoir qui repose sur 14 % des votants, soit 7 % des inscrits. Donc c’est un pouvoir qui ne tient pas la route. Le problème, c’est que cette dissolution aurait pu être décidée il y a bien longtemps – par exemple au lendemain des dernières législatives ou au moment de la mobilisation contre la réforme des retraites. Mais Emmanuel Macron a choisi de dissoudre maintenant parce qu’il a considéré que c’était un moment où la gauche lui semblait être la plus en difficulté pour proposer une alternative. C’est une tentative de prendre la gauche de vitesse.

Au sortir des législatives de 2022, vous aviez théorisé, avec l’économiste Bruno Amable, la fondation de trois blocs : un porté par l’extrême droite, un par les bourgeois, et un autre par la gauche radicale. Cette analyse est-elle encore valable aujourd’hui ?

Les élections européennes ont largement bousculé ce paysage. La gauche, unie, est restée à environ 30 %, l’extrême droite est autour de 40 % et le bloc bourgeois est descendu plus bas que 20 %. Le rapport de force s’est déséquilibré. Les perspectives pour le bloc bourgeois sont très mauvaises, et notamment pour les configurations potentielles des législatives. D’où leur colère que l’on a vu se répandre ici et là dans certains articles de presse. D’où les tentatives de piocher ailleurs. On l’a vu, par exemple, avec l’annonce de Stéphane Séjourné vis-à-vis de l’arc républicain.

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Il faut le comprendre comme une invitation adressée aux socialistes s’ils ne restent pas dans l’accord du Front populaire. C’est précisément la stratégie de Raphaël Glucksmann : sa gauche, a-t-il affirmé, est une gauche qui n’a plus de rapport avec la France insoumise. À partir de ces éléments, il y a donc dans l’air une possibilité, non pas d’alliance explicite, mais d’un appui implicite entre une fraction de la gauche – celle qui se reconnaît en Glucksmann –, et les macronistes. Si le Front populaire se confirme avec les socialistes, la crise du macronisme sera irréversible.

Si le Front populaire se confirme avec les socialistes, la crise du macronisme sera irréversible.

L’union de la gauche pourrait-elle permettre d’empêcher une majorité d’extrême droite au Parlement ?

Deux facteurs me poussent à être pessimiste. En premier lieu, les rapports de force sont bien plus favorables à l’extrême droite qu’à la gauche ; et en second lieu, dans une configuration où il y a un duel Rassemblement national face à la gauche au second tour des législatives, les électeurs macronistes auront un rôle déterminant. Or tout indique qu’il y a une radicalisation à droite de la bourgeoisie française. Donc quand il faudra choisir, elle pourrait soit s’abstenir, soit voter pour le candidat d’extrême droite. Même si la gauche perdait, si elle constitue l’opposition principale au parlement, beaucoup de paramètres seraient modifiés.

Comment interprétez-vous la position de Raphaël Glucksmann de rester à distance du Front populaire ?

Il est dans la continuité de ce qu’a proposé la social-démocratie à la dernière présidentielle, avec les campagnes de Yannick Jadot et d’Anne Hidalgo. Ce sont trois campagnes pensées pour intercepter le soutien des macronistes déçus sensibles à un retour vers la gauche. Quand Emmanuel Macron gagne en 2017, tout le monde sait qu’il y arrive grâce à l’appui d’électeurs socialistes. Hidalgo, Jadot et Glucksmann ont construit, par la suite, une position à l’intérieur de la gauche pour récupérer les anciens électeurs socialistes partis un temps chez Macron.

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Que faut-il attendre du conseil national du Parti socialiste qui se tient ce mardi 11 juin au soir ?

Il y a trois possibilités pour le PS : la droite du parti reste dans le Front populaire, la ligne unitaire empêche l’échappée de Glucksmann. Ou la ligne Glucksmann s’impose, le PS sort du Front populaire et Olivier Faure fait profil bas, avec la possibilité ouverte pour des alliances locales avec les Écologistes et le PCF contre LFI. Ou bien, une scission assumée du PS – une scission qui devait intervenir il y a bien longtemps. Une chose est sûre : face à l’extrême droite, l’union est la seule solution.

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