« Le RN, ennemi des pays dits d’outre-mer »

TRIBUNE. Des acteurs et actrices de la société civile organisée engagés pour les territoires ultramarins appellent lors des prochaines élections législatives à barrer la route au RN, un parti « colonialiste, antisocial et antiécologique ».

Collectif  • 24 juin 2024
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« Le RN, ennemi des pays dits d’outre-mer »
À Paris, dans le 18e, juin 2024.
© Guillaume Deleurence

Dimanche 9 juin, Emmanuel Macron annonçait la dissolution de l’Assemblée nationale suite à la défaite de son parti Renaissance aux élections européennes face au Rassemblement national. Désormais aux portes du pouvoir, rappelons que le RN est un parti politique d’extrême droite (le Conseil d’État l’affirmait encore récemment) fondé par Roger Holeindre, membre du groupe terroriste OAS ; François Brigneau, milicien du régime de Vichy, Jean-Marie Le Pen, négationniste, révisionniste, tortionnaire en Algérie et Pierre Bousquet, nazi. Un parti aujourd’hui présidé par Marine Le Pen, héritière de ce mouvement aux fondements idéologiques antisémites, racistes, sexistes et xénophobes.

Nous refusons de laisser ce poison infiltrer nos foyers.

Depuis plus de vingt ans, le RN travaille son image pour se fondre dans la masse grâce à des techniques de marketing et de communication dont on sait l’efficacité. Progressivement et massivement ses idées nauséabondes se propagent comme un virus sur les réseaux sociaux avec la complicité de certains médias mainstream dont la concentration et la politisation à la faveur de l’extrême droite favorisent une normalisation et banalisation de ses idées mais aussi avec celle du pouvoir en place (macroniste) et des gouvernements qui l’ont précédé. Les territoires dits d’outre-mer ne sont pas épargnés par cette stratégie : leurs militants et militantes instrumentalisent, comme toujours, les peurs et insécurités des habitants pour gagner des voix.

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Nous, acteurs et actrices de la société civile organisée engagés pour ces territoires, refusons de laisser ce poison infiltrer nos foyers. Nous refusons de cracher sur le combat mené par nos ancêtres et ne serons pas complices de pratiques visant à cultiver ce que l’esclavage et la colonisation ont laissé de pire derrière eux en matière de traumatisme : un peuple ultramarin pluriel dépossédé de son histoire, de son savoir, ayant parfois honte de lui-même, de sa couleur, de son origine puisque moqué, humilié, déshumanisé embrassant ainsi des discours appelant à « s’intégrer », « s’assimiler », rejetant alors celles et ceux qui lui ressemblent par instinct de survie sociale. Nous refusons qu’une telle aliénation soit transmise à nos enfants déjà héritiers de traumatismes non guéris et de préjudices non réparés. Nous avons le devoir de les protéger.

« Un mouvement raciste par essence »

Nous appelons nos familles, amis, collègues originaires des territoires dits d’outre-mer à ne pas se laisser séduire par les beaux discours des militants et militantes du Rassemblement national et de Reconquête ou de tout autre mouvement politique d’extrême droite. L’extrême droite est un mouvement raciste qui par essence ne devrait donc pas avoir de sympathisants afro-descendants, il s’agirait d’un non-sens, d’une hérésie, d’un acte contre-nature. Leurs députés.es ont par ailleurs voté contre la condamnation de toute forme de racisme et la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Ce racisme totalement décomplexé (…) prendra une ampleur démesurée si l’extrême droite prend le pouvoir.

L’extrême droite, c’est Steve Tonnelier, militant RN qui insulte ouvertement Priscillia Ludosky sur Facebook par ces mots « Quand la France se transforme en jungle, les singes parlent ». C’est Sergio Figatelli, qui fait de même en disant « Retourne dans ta jungle Granola » ou Jean Arbalette qui ajoute « elle nous emmerde cette négresse gilet noire de merde ». C’est Jacques Gaillard, ancien élu RN, qui avait attisé la flamme en publiant une photo d’elle associée à une insulte. C’est Valeurs Actuelles, qui dessine Danièle Obono en esclave dans son « journal ».

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C’est Éric Zemmour, qui dans sa posture colonialiste affirme que « les Antilles françaises devraient s’estimer heureuses car elles ont des routes, des services publics et que l’État français y fait son travail ». C’est Michel Zecler, innocent, qui se fait tabasser par des policiers tenant des propos tels que « les bâtards qui foutent la merde, ce sont tous les mêmes (…), je suis dégoûté qu'(ils) soient acceptés en France ». L’extrême droite n’aime pas les Noirs. Prétendre avoir un ami Noir n’est pas un argument. Manger des accras et boire du punch non plus. Ce racisme totalement décomplexé, exprimé publiquement prendra une ampleur démesurée si l’extrême droite prend le pouvoir.

L’extrême droite, c’est un mouvement antisocial et antiécologique puisque le RN vote contre la hausse du SMIC, le rétablissement de l’ISF, l’allocation autonomie des jeunes, le gel des prix des loyers, la revalorisation des salaires ou encore la gratuité des cantines pour les plus modestes et toutes mesures écologiques ambitieuses. Ce parti politique n’est pas un allié, pire son accession au pouvoir empirerait la situation. Inutile de rappeler que les territoires et peuples ultramarins font face à d’immenses enjeux tels que l’accès à l’eau, la pauvreté, le chômage, l’accès aux services publics, à une alimentation saine, sont en première ligne des effets du dérèglement climatique et empêchés dans leur entreprise d’autodétermination.

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L’extrême droite c’est davantage de répression policière et judiciaire puisque le RN prévoit d’instaurer la « présomption de légitime défense » pour les forces de l’ordre, soit un permis de tuer où la légitimité de l’acte ne serait pas prise en compte par la justice. Les militants y sont déjà confrontés, notamment dans la lutte contre le chlordécone et l’accaparement des terres mais c’est aussi l’exemple de Claude Jean-Pierre, dit Klodo, tué en Guadeloupe par des gendarmes lors d’un contrôle routier.

L’extrême droite c’est ce mouvement colonialiste, qui scande la grandeur de la France et célèbre Napoléon Bonaparte (criminel de guerre et contre l’humanité ayant rétabli l’esclavage et bâti la richesse de la France sur le dos ensanglanté de nos ancêtres). C’est un soutien au mouvement anti-indépendantiste de Nouvelle Calédonie qui bafoue les droits du peuple Kanak ayant déjà perdu nombre de ses membres, c’est un mouvement anti-migration semant division, haine et terreur à Mayotte plutôt que de travailler au renforcement de la paix sociale par la diplomatie et l’aide internationale aux pays voisins et au respect de la loi dite « d’égalité réelle Hexagone-Outre-mer » en matière de développement économique et social.

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Rappelons qu’une des mesures phares du programme du RN porte d’ailleurs sur « la priorité nationale », principe contraire à la Constitution mais aussi à la Charte des Nations unies en son article 1er, qui appelle au « respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ».

Non l’extrême droite ce n’est pas le changement. Sinon le changement, pour le pire.

Non l’extrême droite ce n’est pas le changement. Sinon le changement, pour le pire. On ne troque pas sa dignité contre le racisme. On ne troque pas sa liberté d’être contre des promesses déguisées. On ne vend pas son âme au diable sous prétexte qu’on veuille faire barrage à Macron ou à n’importe qui d’autre.

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Nous sommes donc toutes et tous appelés aux urnes les 30 juin et 7 juillet prochains en Hexagone et les 29 juin et 6 juillet en territoires dits d’outre-mer, pour élire nos nouveaux députés avec le risque de voir arriver le RN au pouvoir. Ces nouvelles élections législatives inattendues causent un bouleversement tel que les partis politiques de gauche ont scellé en quelques jours un accord : s’unir sous une seule bannière, celle du « Nouveau Front populaire », désigner un candidat unique par circonscription, faire campagne et gagner.

« Nous sommes unis par notre histoire coloniale »

Ce Nouveau Front populaire prévoit de décréter « l’état d’urgence sociale » dès son installation (abrogation des réformes chômage et retraite, blocage des prix de produits de premières nécessités, augmentations du SMIC et des APL, réparation des services publics, abandon du dégel du corps électoral en Kanaky, etc.). Dans les 100 premiers jours du mandat, il est prévu une grande loi pour rattraper et améliorer la situation sociale des Français (pouvoir d’achat, santé et éducation, planification écologique, lutte contre toutes les formes de racismes et abolition des privilèges des milliardaires) et enfin un chantier de transformation durable devrait être entamé vers une nouvelle constitution en passant par des indemnisations pour les victimes du chlordécone, des sargasses, des essais nucléaires, du mercure, des mesures sociales pour Mayotte en matière d’accès au SMIC et à l’éducation ou encore de lutte contre le monopole des Békés.

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Des chantiers que nous attendons depuis longtemps sur ces territoires et sur lesquels nous aurons un œil critique mais aussi avec l’intention ferme de contribuer à le rendre plus ambitieux, à la hauteur des enjeux de décolonialité et de lutte contre le racisme systémique dont nous sommes les principaux impactés aux côtés d’autres peuples minorisés, oppressés.

Nous appelons toutes les organisations, coalitions, militants et militantes engagées pour les outremers à se mobiliser pour faire élire les candidats du Nouveau Front populaire contre l’extrême droite et contre Emmanuel Macron dont on sait le mépris avec lequel il traite les Ultramarins depuis 2017, ce qui signifie voter pour des valeurs et des mesures sociales et écologiques dont l’objectif est d’améliorer le bien-être de toutes et tous tant au niveau individuel que collectif.

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Peuple ultramarin, nous sommes unis par notre histoire coloniale, unis par ces territoires riches de vies, de cultures et d’histoires dont nous sommes gardiens et gardiennes. Cette lutte que nous menons pour notre dignité, notre liberté et pour la paix se joue aussi dans les urnes. Nous avons rendez-vous avec l’histoire, soyons à la hauteur.


Signataires

  • Alain LIMERY Porte-Parole du Conseil National des Comités Populaires-CNCP (Martinique)
  • Attilus DASNER, Collectif Chlordécone Justice et Réparation
  • Florent FORESTIER, Président Yes We Can Nette (Mayotte)
  • Jason Temaui MAN, Président de Te Motu (Polynésie) 
  • Jean ABAUL Président du CNCP (Martinique)
  • Jozé BWAKANPECH, Président du MIR Guadeloupe
  • Julien LALLEMAND, Association Sillages (La Réunion)
  • Kenzy GAUTHIEROT-PANCARTE, co-responsable de la commission des Outre-mer des Écologistes
  • Leon SEVEUR, Secrétaire du CNCP (Martinique)
  • Malcom FERDINAND, Chercheur CNRS et Observatoire Terre-Monde: centre d’études des écologies politiques des Outre-mers et proches régions
  • Martine NOURRY, présidente de l’association K-pab6T (La Réunion)
  • Maya SAXÉMARD, Avocate et Fondatrice de l’association APRÉZAN
  • Pierrette PYRAM Présidente Association DIIVINESLGBTQIA+
  • Priscillia LUDOSKY, militante justice sociale et environnementale
  • Randiane PECCOUD, vidéaste
  • Robert SAE représentant aux affaires extérieures du CNCP (Martinique)
  • Rosita DESTIVAL, 2ème vice-présidente MIR section France
  • Théo LUBIN, Président de l’association Comité d’Organisation du 10 Mai
  • Yvon SERENUS Délégué des Comités Populaires du CNCP
  • Fatia ALCABELARD et Christophe SINNAN, Jistis pou Klodo
  • Yvanna ROLLIN, militante collectif Outre-mer
  • Garcin MALSA, président du MIR et du MODEMAS (Martinique)
  • Patricia MOUTENDA, militante du CNCP
  • Pierre-Charles PHILIPPE, porte-parole du Groupe Révolution Socialiste (Martinique)
  • Roland SABRA, Madinin’Art (Martinique)
  • Marie CABOSTE, militante engagée 
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