Après Mazan, comment faire pour que les hommes arrêtent de violer ?

La photojournaliste Anna Margueritat a suivi l’intégralité du procès des violeurs de Mazan. Après le verdict rendu jeudi 19 janvier, elle revient sur les violences entendues au quotidien et celles qui continueront.

Anna Margueritat  • 20 décembre 2024 abonné·es
Après Mazan, comment faire pour que les hommes arrêtent de violer ?
Gisèle Pelicot, au palais de justice d'Avignon, le 13 décembre 2024.
© Christophe SIMON / AFP

Après plus de trois mois de débats, le procès dit des « viols de Mazan » touche à sa fin. Pendant trois semaines, les plaidoiries des avocat.es de la défense se sont enchaînées, comme un écho aux discours des accusés venus tour à tour à la barre en niant pour la grande majorité « l’intention criminelle ».

La plupart des avocat.es ont préféré à l’analyse juridique la critique de la publicité du procès (faisant suite à la décision de Gisèle Pelicot de refuser le huis clos), fustigeant les médias qui feraient de ce procès « celui de la société », et regrettant une prétendue « hystérisation des débats » menée par « la foule » venue attendre les accusés à la sortie du tribunal, « le couteau entre les dents » ou encore « torches à la main ».

Les collages féministes sur les murs aux abords du tribunal et une banderole « 20 ans pour tous » ont suscité l’indignation des avocat.es, dénonçant « l’acharnement » que subissent « ces 50 vies brisées », que l’on aurait « traînées dans la boue » tout au long du procès.

Stratégie globale

À les entendre, on pourrait croire que les 50 coaccusés de Dominique Pelicot seraient les véritables victimes dans ce procès. On s’étonnerait presque de ne pas les voir alignés sur le banc des parties civiles. Une stratégie globale semble avoir été décidée ; celle de faire de Dominique Pelicot le seul véritable coupable, le « monstre », celui sans lequel « les autres mis en cause ne seraient pas là ».

Selon cette théorie, les 50 coaccusés auraient tous été manipulés, parfois même drogués par Dominique Pelicot comme le suggèrent certains d’entre eux avec l’appui de leurs avocats. Gisèle Pelicot, elle, se voit alors reléguée au statut de victime mais « uniquement de son ex-mari ». Ce n’est pourtant pas ce que disent les vidéos, images insoutenables des viols captées par le principal accusé.

La diffusion des vidéos au cours du procès a elle aussi fait l’objet de la colère des avocat.es de la défense. « Un pare-feu pour nous endormir » selon Maître El-Bouroumi, ou encore l'œuvre de « notre Roman Polanski à nous » qui ne nous montre que « ce qu’il veut qu’on voie », d’après Maître Kabore. Les vidéos représentent des éléments de preuves matérielles irréfutables, et cela dérange sur les bancs de la défense.

Le viol, c’est indécent, évidemment choquant, c’est pas beau à voir mais encore moins à vivre.

Si ces images sont « indécentes » selon pléthore d’avocat.es, elles n’en sont pas moins la représentation évidente des centaines de viols subis par Gisèle Pelicot inconsciente, soumise chimiquement par son ex-mari. Le viol, c’est indécent, évidemment choquant, c’est pas beau à voir mais encore

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