Au milieu du Nouveau Front populaire, les unitaires tentent de sauver les meubles
Étouffés par la lutte entre socialistes et insoumis, les défenseurs acharnés de l’union des gauches, issus pour beaucoup du groupe Écologiste et social à l’Assemblée, tentent de préserver l’alliance. Mais la recette miracle est aujourd’hui introuvable.

© Maxime Sirvins
Lors d’une nuit de février, l’union des gauches a failli tomber. Encore une fois. Le 5 février, socialistes et insoumis se déchirent dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale. La raison ? Les premiers n’ont pas voté les deux motions de censure déposées par les seconds sur le projet de loi de finances et celui de financement de la Sécu. La guerre est déclarée. Les mélenchonistes accusent les roses de sauver François Bayrou et son gouvernement. Et les roses considèrent que les mélenchonistes sont uniquement obnubilés par le scénario improbable d’une présidentielle anticipée.
Dans la soirée, La France insoumise (LFI) diffuse un communiqué actant « l’interruption par le Parti socialiste du Nouveau Front populaire (NFP) » et proposant une réunion de tous les députés ayant voté les deux motions de censure. Un peu plus tard, le groupe parlementaire insoumis publie un visuel sur les réseaux sociaux. Une image juxtaposant les visages de Marine Le Pen et Olivier Faure. En légende : « Deux censures non votées par le PS et le RN : les nouvelles alliances. » La publication est supprimée peu de temps plus tard. Mais le mal est fait. Les socialistes se sentent insultés et la fracture au sein du NFP se creuse. Encore un peu plus.
https://twitter.com/faureolivier/status/1887248795840487763En proposant une réunion excluant les socialistes qui n’ont pas voté la censure, les insoumis espèrent ainsi une reconfiguration du bloc de gauche. Une manœuvre leur permettant de prendre le leadership d’une nouvelle alliance tout en condamnant les socialistes à nouer un accord avec le bloc central s’ils souhaitent se créer un espace politique important. Devant cette tentative de recomposition, les unionistes temporisent.
« Est-ce qu’on a des désaccords ? Oui, bien sûr. Je pense que le PS a fait une faute politique puisque voter la censure est conforme au programme du NFP. Mais le comportement des insoumis et leur procès en trahison permanent n’est pas entendable. A gauche, nous n’avons pas d’autres choix que de chercher à convaincre ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord, et pas à s’insulter, considère Danielle Simonnet, députée du groupe Écologiste et social et membre de L’Après, l’association réunissant les « purgés » du mouvement mélenchoniste. Il faut une assemblée de tous les députés du NFP, c’est l’attente des électeurs de gauche. Il faut qu’on se parle. Les postures des socialistes et des insoumis sont fort peu unitaires. Au lieu de s’insulter, essayons de se convaincre. »
"Ne pas insulter l'avenir"« Il ne faut pas insulter l’avenir. Pour demain, il faut l’unité. Mais il ne faut pas sous-estimer l’impact de la décision des socialistes sur le NFP. Ça me semble très difficile de faire vivre l’union avec une force politique qui paraît être une sorte de soutien du gouvernement. C’est une stratégie très risquée et les socialistes se retrouvent isolés. Mais ce n’est pas à LFI de décider qui fait partie intégrante de l’union », croit Hendrik Davi, député des Bouches-du-Rhône et membre lui aussi de L’Après.
Depuis, communistes et écologistes tentent, dans la foulée des deux premières motions de censure, d’appeler à la désescalade. Le 5 février, les députés verts publient une tribune dans Mediapart : « Aucun parti n’est propriétaire de notre union, celle-ci est le bien commun de nos électrices et électeurs. Nous refusons donc de faire du vote sur la censure celui qui définit les contours du Nouveau Front populaire, alors que nous connaissons un point de bascule historique… et peut-être demain dramatique. »
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