Taxer les riches : Les Écologistes gagnent une bataille contre le gouvernement

La proposition de loi imposant un impôt plancher sur le patrimoine des ultrariches a été adoptée en première lecture, lors de la journée d’initiative parlementaire des députés écologistes. Une victoire face à l’exécutif qui tente depuis des semaines d’amoindrir le périmètre de cette mesure de justice fiscale.

Lucas Sarafian  • 21 février 2025 abonné·es
Taxer les riches : Les Écologistes gagnent une bataille contre le gouvernement
La création d’un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultra-riches vise à corriger « un système où les plus riches échappent à l’impôt pendant que tout le monde paie », a défendu la députée écologiste Eva Sas, rapporteure de cette proposition de loi.
© Ian Langsdon / AFP

Petite révolution fiscale ? Les écolos en rêvent. À l’ordre du jour de la journée d’initiative parlementaire, la « niche », du groupe Écologiste et social, ce 20 février, une proposition de loi brûlante : un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultrariches. Le texte des Verts vise à créer une nouvelle contribution concernant les grandes fortunes et les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. À rebours de la doctrine libérale en Macronie. « Il y aura du débat. L’enjeu, ça va être la bataille sur les amendements, il ne faut pas qu’on se retrouve avec des dispositifs qui détournent le texte. Il faut qu’on se retrouve avec un texte qui ait du sens », exposait, la veille de la niche, une cadre du groupe.

La mesure est ambitieuse. Inspirée des travaux de Gabriel Zucman, économiste phare sur la question des paradis fiscaux et les inégalités, cette proposition de loi qui impose un impôt minimal empêche théoriquement aux plus riches d’organiser leur patrimoine dans l’objectif d’échapper à l’impôt sur le revenu et garantirait le paiement, par les milliardaires, d’un impôt proportionnellement équivalent à celui payé par les autres catégories sociales.

Selon les calculs du groupe vert, 4 000 foyers fiscaux ayant un patrimoine de plus de 100 millions d’euros seraient concernés, c’est-à-dire moins de 0,01 % des contribuables français. Ce texte pourrait rapporter aux finances publiques 15 à 25 milliards d’euros, d’après les chiffres du groupe parlementaire. « La vraie rupture d’égalité, c’est celle d’un système où les plus riches échappent à l’impôt pendant que tout le monde paie », annonce aux alentours de 15 heures, la députée écolo Eva Sas.

La contre-proposition du gouvernement

Rejeter notre proposition de loi, c’est sanctuariser le droit des milliardaires à ne pas payer d’impôts.

C. Autain

La proposition ulcère le gouvernement. À la tribune, Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, est contrainte de monter au créneau. Elle fait la proposition d’un « impôt minimal différentiel » pour lutter contre la « suroptimisation » fiscale qui assurerait que la somme des impôts déjà payés, comme l'impôt sur la fortune immobilière, l'impôt sur le revenu, le prélèvement forfaitaire unique et la contribution exceptionnelle des hauts revenus, soit au moins égale à 0,5 % du patrimoine (en excluant les biens professionnels). Une manœuvre permettant au gouvernement d’occuper le terrain de la justice fiscale avec une proposition très modérée.

La ministre promet également une consultation de deux mois sur le sujet avec des économistes, des juristes et des techniciens. Mais Amélie de Montchalin s’emploie surtout à dramatiser la proposition écolo, une contribution « confiscatoire et inefficace » qui « ferait partir des milliers des foyers aisés ». « Le seul risque de cet impôt, c’est que personne ne le paye », lâche Amélie de Montchalin, chahutée

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Devant le Medef, dans le bourbier des droites, les gauches s’épargnent
Économie • 27 août 2026

Devant le Medef, dans le bourbier des droites, les gauches s’épargnent

Invités par le Medef, Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier ont débattu face à Gabriel Attal, Marine Le Pen, Édouard Philippe et Bruno Retailleau sur la dette, la fiscalité ou les salaires. Ils ont tenté de remporter quelques points sur des sujets chers aux libéraux.
Par Lucas Sarafian
Rentrée du Medef : un « paradis » patronal sans travailleurs
Récit • 27 août 2026 abonné·es

Rentrée du Medef : un « paradis » patronal sans travailleurs

Si le lobby patronal a tenté, ces dernières semaines, de faire entendre que les salarié·es sont aussi les « partenaires » des patrons, ses adhérent·es ont eu droit, sans surprise, à un show contre l’État social lors de « La REF », son événement de rentrée à Roland-Garros. Récit.
Par Céline Martelet
« La transition écologique n’a pas lieu car elle est piégée dans la logique du capitalisme »
Entretien • 3 juillet 2026

« La transition écologique n’a pas lieu car elle est piégée dans la logique du capitalisme »

Timothée Parrique, économiste spécialiste de la décroissance, appelle à ralentir l’économie, à repenser notre rapport à la croissance pour enfin enclencher la transition écologique tant attendue.
Par Vanina Delmas
Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?
Luttes • 3 juin 2026

Congrès syndicaux : quelles priorités pour le monde du travail ?

Les congrès des principales centrales ont lieu en ce moment. Pouvoir d’achat, retraites, assurance chômage : tour d’horizon des sujets de préoccupations.
Par Céline Martelet, Alix Garcia et Juliette Heinzlef