Dans le Finistère, des maisons rachetées pour être détruites et éviter le risque de submersion marine

C’est une première en France : la communauté de communes du Pays bigouden a décidé de racheter sept maisons situées dans la commune de Treffiagat. Le but ? Les démolir pour que la mer ne les inonde pas et préserver les autres habitations environnantes par des solutions fondées sur la nature.

Marie Roy  • 13 mars 2025 abonné·es
Dans le Finistère, des maisons rachetées pour être détruites et éviter le risque de submersion marine
À Treffiagat, malgré l’installation de pieux et d’enrochements, les maisons construites derrière le cordon dunaire de la plage de Léhan étaient de plus en plus menacées.
© Marie Roy

En cet après-midi d’hiver, la plage de Léhan à Treffiagat, petite commune du Finistère sud comptant 2 400 personnes, est presque déserte. Pourtant, c’est bien ici que se joue un scénario pour l’instant unique en France : juste derrière la dune se trouvent sept maisons qui devraient bientôt être détruites pour éviter une éventuelle submersion marine. « C’est un peu comme si on donnait un top départ, comme si ce projet de démolition attestait d’un nouveau cycle où l’homme va devoir reculer dans les terres », songe Georges*, rare promeneur dont le vent cingle les joues rougies par le froid.

Treffiagat est donc la première à passer à l’acte, il faut dire que la configuration des lieux est spécifique. Ici, le littoral fait partie d’un cordon dunaire avec, à l’arrière, d’anciens marais asséchés et aujourd’hui en partie urbanisés. L’endroit est depuis longtemps assailli par les vagues. Mais, avec le réchauffement climatique et l’érosion côtière, la menace devient de plus en plus forte. D’ailleurs, la plage de Léhan porte les stigmates des nombreux essais pour contrer le phénomène : plantation d’oyats, installation de pieux ou encore enrochements. En dix ans, les différentes tentatives ont coûté 1 million d’euros à la mairie.

Dès qu’il y a une tempête, j’angoisse en me demandant si la dune va tenir.

La maire

Et pourtant, malgré ces efforts, les inquiétudes persistent. « Dès qu’il y a une tempête, j’angoisse en me demandant si la dune va tenir », confie Nathalie Carrot-Tanneau, la maire de la commune. « En 2023, au moment de la tempête Ciaran, des habitants ont été évacués parce qu’on n’avait pas la certitude que le cordon dunaire tiendrait le coup », indique Vincent Ducros, chargé de mission risques fluviaux et littoraux pour le département du Finistère.

Un choix en forme de « crève-cœur »

La décision a donc été prise par la communauté de communes du Pays bigouden de racheter sept habitations du quartier de Léhan situées directement sur le littoral – et donc particulièrement exposées – pour les démolir. Parallèlement, l’objectif est de construire trois nouvelles digues rétro-littorales en terre dans l’espace laissé libre par la destruction des habitations. Ces constructions devraient mieux protéger les zones urbanisées de la submersion marine.

« Le bureau d’études auquel nous avons fait appel a préconisé de mettre en place des solutions fondées sur la nature, c’est-à-dire une renaturation d’une partie du secteur et la protection de ce qui peut être protégé », souligne Éric Jousseaume, premier vice-président de la communauté de communes en charge des finances, des ressources humaines, de l’informatique et de la prévention des risques d’inondations. Il poursuit : « Pour autant, faire le choix de détruire des habitations a

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles
Reportage 30 avril 2026 libéré

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles

Pour déployer sa nouvelle ligne, SNCF Réseau doit acquérir du terrain au titre de la compensation écologique. En pleine crise du secteur, de nombreux viticulteurs sont tentés de vendre, car les prix proposés sont élevés. Au point d’écarter certains agriculteurs désireux de créer une activité.
Par Romane Gentil
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas