Gauche, syndicats : la pureté de chacun causera la perte de tous

La gauche peut-elle se payer encore longtemps le luxe de ses divisions intestines ? Quand le monde brûle, on ne débat pas de la couleur de l’extincteur.

Loïc Le Clerc  • 2 mai 2025
Partager :
Gauche, syndicats : la pureté de chacun causera la perte de tous
Rassemblement, place de la République à Paris, après le premier tour des législatives, le 30 juin 2024.
© Maxime Sirvins

Prédation sur les droits des chômeurs, des retraités, des jeunes, des prisonniers, austérité budgétaire, défense des valeurs traditionnelles, attaques incessantes contre les minorités religieuses, atteintes à l’environnement et à la recherche, fermeture d’un tiers des agences de l’État, taxation des plus modestes pour payer les cadeaux fiscaux des plus riches, remise en cause de symboles des victoires sociales comme le 1er mai chômé. Qui ça ? Donald Trump ? Non, Emmanuel Macron. Rien que pour ces dernières semaines.

Sur le même sujet : Les cent jours calamiteux de Donald Trump

Steve Bannon, l’ex-stratège de Donald Trump, aficionado de saluts nazis, avait théorisé la tactique du président américain et se réjouit de la voir à l’œuvre en son pays : « Je pense que vous voyez maintenant l’aboutissement de tout le travail qu’on a fait. Vous assistez à ce que j’appelle ‘l’inondation de la zone’ et il n’y a pas de meilleur moment pour être en vie que maintenant, quand on voit les fruits de ce grand effort. »

« Inonder la zone », ça veut dire bombarder le monde d’infos, de déclarations, de décisions politiques, attaquer à tout-va tous les pans de la société, à la seule fin de créer un tel désordre, une telle dispersion des forces et des esprits qu’aucune union ne sera possible. Et donc aucune réaction, aucune contre-attaque de poids.

L’électorat, lui, n’attend plus les lendemains qui chantent, le temps des cerises ou le grand soir.

Donald Trump le fait et son efficacité fait des émules. Et pas seulement auprès de ses amis argentin, hongrois ou italien. En France aussi, la Macronie mitraille. Sous le tapis de « bombes Banon », il est impossible de tenir son bout de barricade sans regarder ce qu’il se passe pour les autres. La Commune de Paris n’a-t-elle pas été vaincue, bastion après bastion ?

Mais pendant que les droites et les extrêmes droites mondiales organisent leur contre-révolution, les gauches se tirent dans les pattes. Quel que soit le sujet, la division l’emporte. L’écologie ? Oui, mais le nucléaire… Le travail ? Oui, mais le RSA… L’islamophobie ? Oui, mais l’antisémitisme… Comme si le camp d’en face n’allait pas tout brûler.

Sur le même sujet : Islamophobie : « En France, il y a un déni à voir la réalité »

Ce jeudi 1er mai, les manifestations furent à la fois inquiètes, festives et empreintes de gravité devant l’ampleur des luttes à mener. Le spectacle affligeant des guéguerres intestines, les prises de parole politique qui voulaient voler la vedette aux syndicats, les violences à l’encontre du PS et de ses élus à Paris, montrent que le chemin sera long et périlleux.

La pureté ne vaudra pas grand chose quand on sera tous morts.

En France, les écologistes et les socialistes sont trop occupés par leurs batailles d’appareil que d’idées, il n’est pas question. Le PCF, François Ruffin, Clémentine Autain cherchent, dans des styles différents, une manière d’exister au milieu de l’étau social-démocrate – insoumis. LFI n’est obsédée que par son hégémonie sur le tas de cendre. Tous se contorsionnent pour se démarquer de l’autre.

Sur le même sujet : À Montreuil, François Ruffin chante la gauche bleu blanc rouge

L’électorat, lui, n’attend plus les lendemains qui chantent, le temps des cerises ou le grand soir. Simplement que ses représentants lui inspirent un peu de joie, un peu moins de honte mais surtout la possibilité de mener des luttes. La pureté ne vaudra pas grand-chose quand on sera tous morts. Et il est à parier que même le choix du cercueil sera objet de controverses !

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Politique
Publié dans le dossier
Gauche(s) : il y a du taf !
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La légitimité d’une candidature ne peut reposer uniquement sur des sondages ou une affirmation personnelle »

Lucie Castets, maire du 12e arrondissement de Paris, réaffirme son engagement en faveur d’une primaire de la gauche et des écologistes pour 2027. L’ex-candidate du NFP à Matignon appelle à un rassemblement mardi 5 mai à Paris pour les 90 ans du Front Populaire et relancer la dynamique unitaire de la gauche.
Par Alix Garcia
Comment l’Europe finance des fondations fascistes
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Comment l’Europe finance des fondations fascistes

La Sovereignty Foundation, qui dépend du groupe politique européen auquel sont affiliés Reconquête ! ou l’AFD, a reçu une subvention de 1,1 million d’euros alors que ses membres enfreignent régulièrement les valeurs d’égalité et de respect inscrites au règlement de l’Union européenne.
Par Hugo Boursier
« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027
Décryptage 29 avril 2026 abonné·es

« Nouvelle France » : Jean-Luc Mélenchon tisse son imaginaire pour 2027

Derrière le mot d’ordre de « nouvelle France », à la fois panorama social et slogan politique, le triple candidat à la présidentielle pourrait avoir trouvé un récit capable de mobiliser les classes populaires. Tout en installant une confrontation avec l’extrême droite.
Par Lucas Sarafian
« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »
Entretien 29 avril 2026

« Il n’y a pas de “nouvelle France” : il y a la France et toutes ses composantes »

Demba Traoré, le nouveau maire du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, revient sur les conditions de sa victoire et la portée politique de la liste citoyenne qu’il a conduite.
Par Hugo Boursier