Pour contrer le RN, la gauche redouble de modes d’action

Depuis quelques années, écologistes, socialistes, communistes et insoumis ont mis en place des instances internes pour analyser les stratégies de l’extrême droite et tenter de riposter. Mais la lutte unitaire n’est pas pour tout de suite.

Lucas Sarafian  • 12 mai 2025 abonné·es
Pour contrer le RN, la gauche redouble de modes d’action
Dos de Magali, artiste gilet jaune, vu le 22 mars 2025 à Paris lors de la marche contre le racisme et le fascisme
© Louise Moulin

Il y a urgence. Depuis des années, les partis de gauche disposent d’outils internes pour contrer l’extrême droite. Mais la situation politique n’a jamais été aussi alarmante. Contrer Marine Le Pen, Jordan Bardella et le Rassemblement national (RN) aux prochaines élections ? Pas une mince affaire. Les formations de gauche se creusent les méninges et, chacune avec ses méthodes, tentent de trouver des pistes pour résoudre une difficile équation politique : comment faire refluer le vote pour l’extrême droite ? La solution miracle existe-t-elle ?

Chez les Verts, former et protéger

Chez les Écologistes, la conseillère de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu a fait voter un texte lors du dernier congrès du parti, en 2022, pour inscrire dans la feuille de route des Verts la mise en place d’une commission consacrée à la lutte contre l’extrême droite. Une façon de relancer le groupe de travail mis en place en 2012 – dont Marine Tondelier était membre – et qui n’était plus actif depuis un certain temps. L’élue a ensuite défendu une motion votée au conseil fédéral du parti en avril 2023 afin d’acter la création de cette commission.

Le RN lance des ballons ­d’essai au niveau local avant de les utiliser à l’Assemblée ou dans les médias nationaux.

R. Rémy-Leleu

Ses missions ? Faire des formations auprès des militants, intervenir sur le terrain, écrire des communiqués de presse, préparer les éléments de langage quand un représentant du parti est invité dans les médias, etc. Pendant les européennes, le groupe a, par exemple, écrit des fiches d’argumentaires pour répondre au ­discours de Jordan Bardella. Durant les législatives, cette commission a étudié les profils des candidats marinistes pour préparer la riposte.

En parallèle, des élus écolos siégeant dans les conseils régionaux se sont organisés afin de faire remonter les éléments de langage utilisés par les représentants locaux du RN. « Car ce parti lance des ballons ­d’essai au niveau local avant de les utiliser à l’Assemblée ou dans les médias nationaux », explique Raphaëlle Rémy-Leleu. En 2025, le groupe continuera ses ­webinaires et s’investira en vue des municipales, des élections primordiales pour le parti de Marine Le Pen.

Mais, surtout, l’élue parisienne plaide pour que son parti organise des formations en vue de la création d’un service d’ordre propre au parti. « Quelques camarades sont formés, mais on n’en a pas officiellement. Et les militants, les jeunes femmes surtout, sont des cibles de l’extrême droite dans les manifestations », affirme Raphaëlle Rémy-Leleu. Le 8 mars, des activistes d’extrême droite liés au collectif identitaire Némésis ont « intimidé » des jeunes manifestantes à Paris. L’élue parisienne a dû s’interposer pour les protéger. « Il faut hausser notre niveau sur la mise en sécurité quand l’extrême droite s’infiltre de plus en plus dans les cortèges », reconnaît Raphaëlle Rémy-Leleu.

Au PS, deux élues très actives

Au sein du Parti socialiste (PS), ce n’est pas une commission mais deux ­secrétariats nationaux qui sont dédiés à la lutte contre l’extrême droite. En 2014, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, poussé par de jeunes cadres du parti, monte une cellule de lutte contre le Front national. Mais, depuis, le poste avait disparu des radars. C’est en 2022 que Sarah Kerrich-Bernard et Ninuwé Descamps remettent le sujet sur la table. La première est avocate, conseillère

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