« Les meurtres racistes actuels sont le prolongement du chemin intellectuel de l’AFO »
Avocat de la Ligue des droits de l’Homme dans le procès du groupe d’extrême droite appelé Action des forces opérationnelles, Mohamed Jaite évoque la façon dont le racisme a été abordé au cours des audiences, parfois pour diluer les responsabilités.

© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Après l’avoir appris dans la presse, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) s’est constituée partie civile la veille du procès des 16 membres du groupe Action des forces opérationnelles (AFO) pour association de malfaiteurs terroriste. Au cours des audiences, trois avocats ont représenté l’association : Marianne Ansart, Pierre Brunisso et Mohamed Jaite. Ce dernier revient pour Politis sur l’importance des parties civiles dans ce procès notamment dans un contexte de montée de l’extrême droite.
Pourquoi la LDH a-t-elle décidé de se constituer partie civile dans ce procès ?
Me Mohame Jaite : On constate une augmentation des passages à l'acte de personnes endoctrinées, islamophobes, qui véhiculent sans complexe l’idéologie de l'extrême droite, telles que le « grand remplacement ». Notre présence vise à porter la parole d'une association de défense des droits de l’homme axée sur l'État de droit, le respect des libertés, le respect de l'égalité. Ça permet aussi et surtout de porter la parole des victimes qui sont ciblées par ces actes, pour qu’elles aient une présence effective à l'audience, en quelque sorte.
Médine a été attaqué par au moins trois avocats, qui ont tenté de le délégitimer.
Après la LDH, l’association Musulmans de France et le Conseil des mosquées du Rhône et le rappeur Médine se sont portés partie civile au cours de l’audience. Les avocats de la défense ont plaidé leur irrecevabilité. Cette question sera jugée au moment du délibéré. Qu’est ce que ça révèle selon vous ?
Déjà, les parties civiles ont le droit de se constituer à tout moment jusqu’aux réquisitions du procureur. Ce qui m’a paru particulièrement problématique, et c'est un euphémisme, c'est de pratiquement humilier les parties civiles. Ça s'est produit quand Médine est venu à la barre. Il a été attaqué par au moins trois avocats, qui ont tenté de le délégitimer. Je n'ai jamais vu d’avocats aussi virulents dans des procès de terrorisme islamiste.
Pour moi, s’ils se sont permis de faire des observations, des critiques, de rabaisser des victimes qui sont racisées, minorisées dans la société, c’est parce qu’on considère que personne ne s'en plaindra. Si c'était une victime dans un procès de terrorisme islamiste, la critique aurait suscité une levée de bouclier, à juste titre. J’interprète cette critique sur la constitution de parties civiles comme le prolongement des idées qui sont portées par ce groupe.
Quelles sont vos interrogations à l’issue de trois semaines d’audience sur l’évolution des prévenus depuis les faits en 2017 et 2018?
Il y a des prévenus qui ont tenu des lignes, à mon sens, particulièrement problématiques et qui interrogent sur leur prise de conscience. Je me souviens au début du procès, Olivier L., qui disait devant le tribunal : « Si je suis en danger, moi, je tuerai ». Je n'ai aucune certitude sur le cheminement futur de ces gens-là. Ça me fait penser à l’assassin qui avait tiré sur le centre kurde dans le 10e arrondissement après un an de détention. Avant sa détention, il avait commis des actes racistes assumés, notamment en lacérant des tentes en disant "À bas les étrangers".
Tout commence par la parole. Une parole qui dénigre, qui rabaisse et déshumanise facilite le passage à l'acte de tuer.
Que pensez-vous de ce discours adopté par une majorité de prévenus invoquant des « fantasmes » ou des « projets irréalisables »
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