Lecornu : la rupture… vers l’extrême droite

Avec la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, Emmanuel Macron parachève le glissement de son pouvoir vers une droite toujours plus dure, autoritaire et complaisante avec l’extrême droite. Ce n’est pas une rupture : c’est une continuité brutale.

Pierre Jacquemain  • 12 septembre 2025
Partager :
Lecornu : la rupture… vers l’extrême droite
Sébastien Lecornu, à l'Hôtel de Beauvau à Paris, le 10 septembre 2025.
© Thibaud MORITZ / AFP

La Macronie a fait son choix. Et ce choix n’est pas la gauche, mais l’ordre. L’autorité. La complaisance avec l’extrême droite – voire l’agenda du Rassemblement national. Car derrière les promesses d’une « nouvelle méthode », il y a un homme façonné par la droite conservatrice, qui a toujours préféré parler sécurité plutôt que solidarité.

Lecornu n’est pas une erreur de casting : il est la suite logique du macronisme. Un pouvoir qui, depuis 2017, a systématiquement fracturé le pacte républicain : loi « séparatisme », criminalisation des mouvements sociaux, répression des gilets jaunes, passage en force sur les retraites. Le « en même temps » n’aura été qu’un vernis. Aujourd’hui, il ne reste qu’un bloc réactionnaire, prêt à gouverner avec le – ou à la place du – RN. C’est peut-être cela qu’il faut entendre lorsque le nouveau premier ministre parle de nécessité de « rupture ».

Sur le même sujet : Dossier : Macron attise la flamme du RN

C’est là que le basculement s’opère. Lecornu devient ainsi le symbole d’une nouvelle normalité politique où les digues sautent, une à une, entre la droite dite « républicaine » et l’extrême droite lepéniste. Dans les régions, dans les communes, sur les plateaux télé, la convergence se fait à ciel ouvert. Macron l’accélère, espérant capter l’électorat lepéniste sans alliance formelle. Mais à force de banaliser l’extrême droite, on l’installe. À force d’épouser ses obsessions sécuritaires, identitaires, autoritaires, on en devient l’auxiliaire. Lecornu n’est pas un rempart. Il est un pont.

Le RN se nourrit des colères populaires, mais il les détourne

Le RN n’organise pas la révolte, il la canalise vers l’urne pour mieux la neutraliser.

Et c’est bien là l’enjeu de ce dossier : réfléchir à ce qu’est le RN aujourd’hui. Car son danger ne réside pas seulement dans ses scores électoraux. Il est dans sa capacité à contaminer l’ensemble du champ politique, à imposer ses thèmes, à se présenter comme un parti de gouvernement. Mais aussi dans son rapport aux mouvements sociaux. Le RN se nourrit des colères populaires, mais il les détourne. Il parle « peuple » mais méprise ses mobilisations. On l’a vu pendant les gilets jaunes : il a surfé sur la vague sans jamais l’assumer.

Derrière le vernis social, c’est une politique de classe, brutale, xénophobe et productiviste qui se dessine.

On le voit avec les syndicats : il les accuse d’être des « minorités agissantes », tout en cherchant à incarner la colère sociale. C’est évident avec les blocages climatiques et syndicaux, dont il a la même peur viscérale que la Macronie. Le RN n’organise pas la révolte, il la canalise vers l’urne pour mieux la neutraliser. Son projet n’est pas l’émancipation collective, mais la mise au pas autoritaire de toute contestation. Sa vision de la démocratie est électorale, pas sociale. Et son rapport aux luttes, c’est de les instrumentaliser, jamais de les soutenir.

Sur le même sujet : Au RN, un retour au programme xénophobe et ultra-sécuritaire

Et quand Jordan Bardella se présente en alternative, son programme dit tout : cent milliards d’euros d’économies sur le dos des plus fragiles, des pauvres, des étrangers. Bayrou fois deux, mais avec le glaive de l’austérité et le masque de l’autorité. Le tout en sacrifiant les politiques écologiques, comme si l’urgence climatique était une lubie de privilégiés. Derrière le vernis social, c’est une politique de classe, brutale, xénophobe et productiviste qui se dessine.

La véritable rupture, celle qui refuse ce scénario morbide, ne viendra ni de Matignon ni de l’Élysée. Elle viendra d’ailleurs, d’un projet anticapitaliste, écologiste, féministe, antifasciste. Bref, d’une gauche qui nomme le danger, qui combat le RN sans détour, et qui ose construire une alternative aux deux faces d’un même pouvoir : Macron et Le Pen.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Cinéma : Bolloré réalise une purge
Parti pris 19 mai 2026

Cinéma : Bolloré réalise une purge

Maxime Saada, le patron de Canal+, menace les signataires d’une tribune « Zapper Bolloré » d’être blacklistés, une atteinte grave aux libertés fondamentales. À l’État de prendre ses responsabilités, en faisant passer une grande loi anti-concentration au lieu de préparer le terrain à l’arrivée au pouvoir des néofascistes.
Par Christophe Kantcheff
La fin de vie n’est pas une affaire privée
Parti pris 11 mai 2026

La fin de vie n’est pas une affaire privée

Alors que le projet de loi sur la fin de vie revient au Sénat, la gauche se retrouve face à ses propres contradictions. Peut-elle défendre l’aide à mourir au nom de la seule liberté individuelle alors qu’elle combat partout ailleurs cette fiction libérale du choix autonome ?
Par Pierre Jacquemain
Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte
Parti pris 11 mai 2026

Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte

Toute la fin de la semaine, le Rassemblement national et les groupuscules d’extrême droite ont donné à voir leur réécriture dangereuse et génocidaire de l’histoire. Dans leurs villes ou dans la rue, leur haine explicite n’a fait que souligner la compromission des autorités.
Par Olivier Doubre
« Faites mieux », qu’il disait !
Jean-Luc Mélenchon 4 mai 2026

« Faites mieux », qu’il disait !

La nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 agit comme un électrochoc à gauche : entre promesse de renouvellement trahie, fracture stratégique persistante et incapacité à construire une méthode démocratique commune, c’est toute une génération politique qui se retrouve sommée de « faire mieux », sans qu’on lui en donne les moyens.
Par Pierre Jacquemain