Cinéma : Bolloré réalise une purge

Maxime Saada, le patron de Canal+, menace les signataires d’une tribune « Zapper Bolloré » d’être blacklistés, une atteinte grave aux libertés fondamentales. À l’État de prendre ses responsabilités, en faisant passer une grande loi anti-concentration au lieu de préparer le terrain à l’arrivée au pouvoir des néofascistes.

Christophe Kantcheff  • 19 mai 2026
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Cinéma : Bolloré réalise une purge
Vincent Bolloré avant son audition devant la commission d’enquête sur l’attribution des fréquences, le 13 mars 2024 à Paris.
© Maxime Sirvins

« Avec le soutien essentiel de Canal + ». Telle est la formule que le groupe de Vincent Bolloré a souhaité voir figurer sur le générique des films qu’il finance. Formule imposée et, en même temps, le fait que Canal+ soit un rouage « essentiel » de la production cinématographique française est une réalité : la moitié de celle-ci reçoit de l’argent du groupe privé. À Cannes cette année, 13 films sur les 22 que compte la compétition ont obtenu son soutien. Ce qui n’empêche pas le logo de Canal+, lorsqu’il apparaît dans les projections cannoises, d’être désormais copieusement sifflé.

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La raison : les propos de Maxime Saada, le patron de Canal+, avertissant que les signataires de la tribune « Zapper Bolloré » étaient blacklistés. Rappelant ainsi les pires heures du maccarthysme, quand les cinéastes soupçonnés de communisme étaient exclus de Hollywood. D’aucuns ont parlé de « réaction à chaud », alors que cette parole est intervenue une semaine après la publication de la tribune parue dans les colonnes de Libération.

Il est dit aussi que cette annonce ne sera jamais mise en application. Qu’en sait-on vraiment ? Quoi qu’il en soit, ne serait-ce que menacer de sanctions professionnelles des artistes et des techniciens pour avoir usé de leur liberté d’expression est une atteinte aux principes fondamentaux. C’est suffisamment grave pour être dénoncé.

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Que disait la tribune, signée originellement par 600 professionnels du cinéma, rejoints par mille autres depuis ? Il y est souligné, d’une part, la concentration grandissante dans le secteur opérée par Bolloré avec le rachat en cours d’UGC, et, d’autre part, l’idéologie d’extrême droite du milliardaire breton qui transparaît déjà dans ses médias et ses maisons d’édition.

Crainte pour l’avenir

Autrement dit : « La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d’agir le moment venu. » Conclusion : « Construisons ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement, comme certain·es s’emploient déjà à le faire. » Il s’agit de l’expression d’une crainte pour l’avenir. Non d’une stigmatisation de la politique actuelle des coproductions de Canal+.

Une mobilisation plus large est nécessaire.

Et c’est bien là où la situation est délicate. Non seulement aujourd’hui le groupe est le premier financeur privé du cinéma français, mais, avec les deux autres pôles « essentiels » que sont France Télévisions et le CNC, il participe à sa diversité (même si celle-ci reste relative). Un homme-clé est régulièrement cité par les cinéastes et les producteurs comme étant à leur écoute : Laurent Hassid, le directeur des acquisitions cinéma du Groupe Canal+. Mais la leçon de Grasset et du licenciement brutal d’Olivier Nora a été retenue : chez Bolloré, nul n’est à l’abri, y compris les meilleurs professionnels.

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Même si les signataires envisagent la constitution d’un « mouvement » pour assurer leur liberté de création et de diffusion – quelle forme pourrait-il prendre ? –, il apparaît clairement que la lutte contre les périls pesant aujourd’hui sur le cinéma concerne aussi bien le CNC, l’audiovisuel public, la vie de l’esprit en général…

Une mobilisation plus large est nécessaire, comme en témoigne une autre tribune initiée par « une coalition des résistances artistiques, culturelles et scientifiques » qui appelle à faire converger les résistances culturelles contre le RN. Il reviendrait aussi à l’État de prendre ses responsabilités, en faisant passer une grande loi anti-concentration au lieu de préparer le terrain à l’arrivée au pouvoir des néofascistes. La ministre de la Culture, sur cette affaire, est pour l’instant restée coite (1)…

1

Ce 19 mai, la ministre de la Culture Catherine Pégard a finalement évoqué une réponse « disproportionnée » de Maxime Saada tout en estimant que « nos industries culturelles ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques ». De l’art de ne pas se mouiller…

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