Chili : la Patagonie asphyxiée par ses saumons

Le Chili est le deuxième producteur de ce poisson d’élevage au monde, après la Norvège, et la société civile exige une régulation de cette industrie jugée « écocidaire ». En juillet, l’ONG Oceana a alerté sur les risques pour l’environnement et l’humain que représente l’usage massif d’antibiotiques.

Marion Esnault  • 19 septembre 2025 abonné·es
Chili : la Patagonie asphyxiée par ses saumons
La ferme salmonicole du lac Tagua Tagua, à Puerto Montt, dans le sud du Chili.
© Martin BERNETTI / AFP

Au sud du continent américain, là où la terre se fragmente et forme les îles patagoniques, Daniel Caniullan sort du petit port de Melinka. Comme tous les pêcheurs artisanaux de la région, Daniel vit principalement de la pêche aux oursins. Depuis plus de trente ans, il plonge quotidiennement dans les eaux de la Patagonie chilienne, et son jugement est sans appel. « Les fonds marins se sont transformés en désert marin, et c’est toute l’économie locale qui s’est effondrée. Les produits chimiques et les antibiotiques utilisés dans les fermes de saumons sont un venin emporté par les courants, qui tue les larves d’oursin », dit-il.

Ici, loin des regards, les entreprises font un peu ce qu’elles veulent.

Daniel

Dans ces eaux calmes et froides où pêche Daniel, l’industrie du saumon a trouvé les conditions idéales pour se déployer. Au Chili, l’élevage intensif de ce poisson a démarré il y a plus de quarante ans et n’a fait que croître. Alors qu’en 1991 le pays andin en produisait 60 000 tonnes, il en produit aujourd’hui plus d’un million. Plus de mille concessions ont été octroyées par l’État chilien à une trentaine d’entreprises qui étendent leur activité dans les trois régions les plus australes de la planète. « Ici, loin des regards, les entreprises font un peu ce qu’elles veulent, dénonce Daniel, l’État ne contrôle pas grand-chose ! »

L’organe d’État chargé de surveiller les activités des entreprises est la Superintendance de l’environnement. Créée en 2012, elle est pointée du doigt par les organisations de la société civile, qui lui reprochent son inefficacité et déplorent son manque de moyens. L’organisme reconnaît par la voix de sa directrice, Marie Claude Plumer, qu’il y a « beaucoup d’installations à contrôler dans des lieux très difficiles d’accès » et que « l’industrie chilienne doit considérablement s’améliorer pour respecter les normes environnementales ».

Des maladies non éradiquées

En 2022, l’ONG Seafood Watch a affirmé que « l’industrie chilienne de l’élevage du saumon utilise plus d’antibiotiques que n’importe quel autre pay  » à cause de la bactérie Piscirickettsia salmonis, à l’origine de la mortalité très élevée des poissons pendant la phase marine de l’aquaculture. L’industrie chilienne se défend en assurant avoir besoin de ces médicaments pour repousser cette pathologie. La Norvège, premier pays producteur de saumons d’élevage au monde, a pourtant réussi à la combattre en utilisant une

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »

Journalistes, personnes LGBTQ+, femmes, enfants : des Afghan·es menacé·es par les talibans témoignent de leur abandon par la France.
Par Ana Pich