Macronisme : l’héritage du vide
Emmanuel Macron lançait, il y a dix ans, son mouvement politique. Un événement qui a durablement transformé la vie politique française… laissant un espace majeur à l’extrême droite.
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© Lionel BONAVENTURE / AFP
La promesse initiale d’Emmanuel Macron était simple : dépasser les clivages, réconcilier un pays fracturé. Ne plus choisir entre efficacité économique et justice sociale, mais conjuguer les deux dans un « en même temps » présenté comme une synthèse audacieuse.
Tout juste dix ans après la naissance d’En marche, ce qui demeure n’est pas une synthèse, mais un déséquilibre durable : à force de vouloir tout occuper, le macronisme a vidé la politique de son sens et affaibli les fondations mêmes du débat public. Le pouvoir prétendait neutraliser les oppositions ; il a déplacé le centre de gravité du débat.
Ce déplacement ne s’est pas fait vers un compromis, mais vers une normalisation de thèmes longtemps cantonnés à l’extrême droite. Le « dépassement » s’est transformé en glissement. L’utopie sociale est devenue irréaliste, les réponses autoritaires crédibles.
Ce vide stratégique alimente la radicalisation et fragilise la démocratie.
La montée de l’extrême droite n’est pas un accident. Elle prospère sur un terrain que le macronisme a contribué à redessiner, validant ses cadres : obsession identitaire, suspicion envers les corps intermédiaires, réformes sécuritaires et liberticides, mise en concurrence des plus fragiles. Quand le pouvoir participe de la fabrique de la peur, pourquoi l’électeur préférerait-il la copie à l’original ?
Les promesses sociales ont fondu dans les arbitrages budgétaires. La théorie du ruissellement a consacré l’entreprise comme horizon incontournable ; les autres attendent. Résultat : plus d’inégalités – la France se classe désormais au 17e rang des pays européens en termes d’égalité –, un ascenseur social grippé, la défiance comme norme.
Une politique dépolitisée
La politique s’est dépolitisée : les enjeux majeurs sont évacués et le débat public s’appauvrit. Les prétendants à l’Élysée avancent masqués, sans programme clair ni horizon partagé. Ils oscillent entre continuité tacite et surenchère droitière, paralysés par la peur de s’exposer.
Ce silence nourrit directement l’extrême droite. Leur responsabilité est immense : ce vide stratégique alimente la radicalisation et fragilise la démocratie, tout en éloignant les citoyens de la vie politique.La scène politique ressemble désormais à un théâtre d’ombres. Les héritiers putatifs, d’Édouard Philippe à Gabriel Attal et Gérald Darmanin, avancent sans bilan, sans rupture, réduits à des ajustements techniques et à des postures de prudence.
La « techno-politique », incarnée par de nombreux gouvernements successifs depuis 2017, a cru gouverner sans conflit. Elle a surtout désarmé le débat démocratique, laissant l’espace public plus vulnérable à l’extrême droite et aux récits simplistes.
À l’international, la France a failli : recul diplomatique, incapacité à défendre ses valeurs, absence de vision stratégique. Pendant ce temps, l’Espagne agit, crédible et audacieuse, sauvant l’honneur de l’Europe et prouvant qu’un pays peut conjuguer ambition nationale et engagement international.
La puissance ne se mesure pas seulement en économie ou en armée : elle se mesure en constance, en courage et en capacité à peser sur le monde avec audace. Ainsi le macronisme n’a-t-il pas seulement échoué économiquement ou socialement ; il a affaibli la démocratie. Et c’est dans ce vide que prospèrent ceux qu’il prétendait combattre.
Reste alors une question simple, presque vertigineuse : que transmet le macronisme, sinon ce vide qu’il a lui-même façonné ? Cet héritage n’est pas neutre : il appelle soit à un sursaut, celui d’un projet retrouvé, porteur d’espoir et de transformations radicales, soit à un renoncement, celui de la facilité des réponses les plus brutales.
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