Mis en échec par la pression antifa, le C9M en pleine déroute
À Paris, les groupuscules néofascistes n’ont pas pu organiser leur marche annuelle, éparpillés par la police lorsque certains de leurs membres n’étaient pas interpellés. Une victoire permise par le front antifasciste.

© Salomé Dionisi
Cette année, si la manifestation du Comité du 9 mai (C9M) a fini par être interdite, ses préparatifs sur les réseaux sociaux ont révélé la galvanisation des militants hérités du GUD par la période politique d’extrême droitisation.
En accès libre sur X, on découvrait la violence extrême des membres du défilé, bien loin du calme prétendu par les organisateurs. L’impunité des participants se matérialisait autour de blagues sur le service d’ordre, qui empêcherait les manifestants de « mettre en pièces » des antifascistes, propagande accompagnée de saluts de Kühnen ou encore l’impossibilité de venir car « trop fiché S ».
Pendant qu’un militant déplorait la surveillance policière pour sa venue à Paris, il détaillait sans aucune discrétion avoir transporté du « matériel de défense » pour l’occasion. En réponse, l’un d’entre eux évoquait l’attentat de Christchurch comme modèle d’efficacité de ce qu’un « seul natio’ » peut faire.
Côté organisation, l’iconographie se concentrait à dédiaboliser la marche militaire par une omniprésence des femmes militantes ou de couples non cagoulés devant les drapeaux ornés d’Algiz. Le but : séduire autant la base militante viriliste groupusculaire qu’attirer de nouvelles recrues, grâce à une normalisation esthétique tranchant avec les éditions précédentes.
Sans doute le soutien affiché d’Alice Cordier, patronne de Némésis, au conseiller municipal et organisateur historique du C9M Jean-Eudes Gannat participait-il de cette stratégie de lissage du nationalisme révolutionnaire, quand bien même cette dernière ne participait pas au défilé et affirmait régulièrement sur les plateaux de télévision n’avoir aucun lien avec des groupuscules violents.
Sur place, malgré l’interdiction de se rassembler, de nombreux militants nationalistes révolutionnaires étaient présents dans les rues de Paris, essentiellement dans l’axe Montparnasse – Port-Royal.
Le C9M voulait profiter de la mort de Quentin Deranque pour recruter et former des rangs plus massifs.
En groupes dans différents bars, ou tentant de forcer les barrages policiers en véritables milices désœuvrées paradant à visage découvert, ils attendaient les instructions de l’organisation mise en déroute par la préfecture, au milieu des arrestations et contrôles d’identité.
Entre l’ambition d’un coup de force médiatico-politique et la réalité, les sympathisants ne savaient plus où se rendre, comme en témoignaient leurs publications amères, victimisation face aux effectifs de police et aux antifas.
Actant ce naufrage, certains militants ont annoncé que les prochaines éditions seront des cérémonies privées avec un nombre de participants restreints, « triés et choisis », scellant la fin des tentatives de prise d’espace par les nationalistes révolutionnaires.
Parallèlement, l’argumentaire de leur avocat Mathieu Sassi souligne que cette interdiction pourrait faire jurisprudence et menacer les futurs banquets du Canon Français. Véritable baiser de la mort fasciste pour Stérin et ses équipes dans leur processus de normalisation.
Le C9M voulait profiter de la mort de Quentin Deranque pour recruter et former des rangs plus massifs, mais cette édition s’est conclue par une déroute organisationnelle. La mise en échec matérielle du Comité, grâce aux pressions des organisations, collectifs, syndicats et militants est une vraie victoire antifasciste par le bas, redoublée par la présence d’antifascistes sur le terrain du parcours du défilé fasciste toute la journée du 9 mai.
Au-delà du mot d’ordre militant « Pas de nazis dans Paris ! », l’extension de l’interdiction du défilé au dépôt de gerbe a bien rappelé qu’à Paris, on ne pleure pas les nazis.
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