Redonner du souffle aux musiques actuelles
Confronté à une succession de réductions budgétaires, le secteur, déjà fragilisé par l’inflation, voit ses capacités d’action se réduire chaque année davantage.
dans l’hebdo N° 1919 Acheter ce numéro

Dans les années 1970, des réseaux dédiés puis, en 1996, le label Scène de musiques actuelles (Smac) est créé. Si les structures porteuses du label se voient attribuer un financement spécifique, celui-ci est historiquement sous-doté : malgré un relèvement obtenu en 2024, l’enveloppe attribuée aux Smac dans la loi de finances 2025 (18,4 millions d’euros) faisait partie des plus faibles proportionnellement au nombre de bénéficiaires (93 salles labellisées Smac au moment de l’adoption des crédits, donc 198 000 euros par salle en moyenne) (1).
Sénat, projet de loi de finances pour 2025 : Culture – I.2. Les labels du spectacle vivant recouvrent cependant d’importantes disparités.
En comparaison, les Scènes nationales bénéficiaient en 2025 d’une enveloppe de 67 millions d’euros pour 78 bénéficiaires, soit 860 000 euros par structure en moyenne, avec pourtant un cahier des missions et des charges relativement similaires. Les structures du secteur des musiques actuelles font par ailleurs face à des coupes budgétaires alarmantes. Quasiment toutes les régions revoient à la baisse leur budget culture en 2026. Les diminutions des budgets de fonctionnement sont particulièrement dramatiques puisqu’elles menacent directement la pérennité de nombreuses structures.
Des départements, des villes et des agglomérations annoncent des réductions significatives, parfois liées à des contraintes budgétaires subies, comme en Ille-et-Vilaine ou en Loire-Atlantique l’an dernier. Mais, parfois, ce sont aussi des choix politiques, quand des élus remettent en question l’utilité de la culture subventionnée et la pertinence de son existence.
Ce fut le cas en 2025 dans les Pays de la Loire, avec une coupe de plus de 60 % sur le fonctionnement de la culture par la présidente de la région, Christelle Morançais (Horizons). Ou dans l’Hérault avec la suppression de la ligne budgétaire destinée à la culture opérée par Kléber Mesquida, président du département (ex-PS).
Les financements de l’État via le ministère de la Culture ont été amputés de 173 millions d’euros en 2026. Le programme « Création » diminue, de même que celui « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » (qui finance notamment l’action culturelle), en baisse de 19 millions d’euros.
Le Centre national de la musique (CNM) subit quant à lui une baisse de dotation de l’ordre de 7 millions d’euros de la part de l’État, à laquelle s’ajoutent le non-remboursement de l’organisation de la France Music Week en 2025, s’y ajoutent la perte de plus de 11 millions d’euros liée à l’absence de déplafonnement de ses taxes affectées. Les enveloppes destinées aux aides distribuées par le CNM sont donc elles aussi en baisse, et notamment celle allouée aux salles de concerts. La programmation d’artistes émergents est ainsi directement impactée.
La découverte en danger
En avril 2025, le Syndicat des musiques actuelles (SMA) dressait un bilan des orientations budgétaires pour la culture en 2025 (2) : l’enquête s’intéressait à l’effet de « cascade » des coupes et à leurs impacts concrets sur les structures du territoire. Certaines sont contraintes d’annuler des concerts, perdant ainsi leur éligibilité aux aides du Centre national de la musique, par exemple, qui exigent un minimum de dates programmées. Ce cercle vicieux fragilise les producteurs de spectacles, qui ont de plus en plus de difficultés à faire programmer les artistes les plus émergents de leur catalogue.
Coupes budgétaires dans la culture, quels impacts sur les musiques actuelles ?, Syndicat des musiques actuelles, avril 2025. En 2026, le SMA réitère son étude, avec la publication d’une cartographie des coupes budgétaires dans la culture par les régions, à paraître le 30 juin.
Le manque d’informations et les votes tardifs incitent l’ensemble des acteurs à prendre moins de risques, à moins investir, alimentant un processus de récession qui fragilise la place de la découverte et des artistes émergents dans la diffusion. En parallèle, les structures font face à une hausse des charges liée à l’inflation : prix des cachets des artistes « têtes d’affiche », coût de l’énergie, dépenses de sécurité, salaires, accentuant un effet ciseaux qui les met en péril.
Les conséquences ? Réduction du nombre de dates, groupes déprogrammés, annulation d’actions culturelles envers des publics scolaires, en situation de handicap, ou en partenariat avec des hôpitaux, des centres sociaux, des centres pénitentiaires, etc., mais aussi risques de licenciements des équipes ou hausse des tarifs d’accès pour les publics. Face à cette situation, plusieurs festivals suspendent ou revoient à la baisse leur activité : Woodstower à Lyon, le Festival de la Paille dans le Jura, Au Foin de la Rue en Mayenne.
Bilan de la saison 2025 des festivals, Syndicat des musiques actuelles, octobre 2025.
Si les musiques actuelles ont longtemps prouvé leur capacité de résilience, ne seraient-elles pas arrivées au bout de leurs possibilités au vu des moyens qui leur sont accordés ? Si l’on en juge aux presque 50 % de festivals déficitaires chaque année (3), la réponse penche vers la positive. Pourtant, dans un monde où les idées réactionnaires progressent, il est essentiel de préserver ces lieux accessibles à toutes et à tous, ces espaces de débat, d’échange, de rencontre avec l’autre : des lieux de service public.
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