Ce que l’IA nous fait dire…

Un lecteur fidèle et courageux s’est essayé à une drôle d’expérience : soumettre un édito de Denis Sieffert à trois IA. Comment l’ont-elles résumé ? Qu’en ont-elles retenu ? Qu’ont-elles « oublié » ?

Denis Sieffert  • 21 juillet 2026
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Ce que l’IA nous fait dire…
© Emiliano Vittoriosi / Unsplash

Un grand merci à notre lecteur, Jean-Paul Julhes, par ailleurs acteur et portraitiste de talent.

Le texte martyr figure dans le n°1920 de ­Politis sous le titre « États-Unis-Israël : brouille ou tournant historique ? ». Il partait du sermon violent adressé à Israël par J. D. Vance. En gros, et pour résumer (à mon tour) le propos, le vice-président américain disait aux dirigeants israéliens : « Vous n’avez plus qu’un seul ami au monde, c’est Trump, et sans lui vous n’êtes plus rien. » La question posée dans le titre, et qui est loin d’être résolue, est de savoir jusqu’où ira la colère américaine provoquée par le torpillage de l’accord États-Unis-Iran par un Netanyahou avide de poursuivre « sa » guerre au Liban.

Notre lecteur a d’abord sollicité deux IA, Grok et ChatGPT. Il observe que ChatGPT a discrètement fait disparaître l’épithète « fasciste » que j’accolais aux « amis ministres de Netanyahou ». Grok le conserve mais sur un mode très distancié, jugeant l’article « très critique envers Netanyahou et la droite israélienne ». Le chatbot conclut d’ailleurs que « l’article reflète une ligne éditoriale clairement pro-palestinienne et anti-Netanyahou ».

Cependant, beaucoup d’éléments sont fidèlement restitués. Notamment « l’évolution démographique et politique aux États-Unis », et « le déclin annoncé de la majorité blanche et l’érosion du soutien inconditionnel à Israël au sein de l’opinion américaine et même du lobby juif ». Dans les deux cas, les causes géostratégiques du différend et les contradictions dictées par des échéances électorales internes aux États-Unis et en Israël sont privilégiées.

Sur le même sujet : Crimes de guerre : « Israël justifie n’importe quel bombardement par le concept de nécessité militaire »

Notre lecteur a ensuite soumis les deux résumés de Grok et de ChatGPT à une troisième IA, Claude, l’IA d’Anthropic. Celle-ci note que « les deux résumés insistent sur le fait que le repositionnement américain est d’abord dicté par des intérêts géopolitiques et économiques […] et non par des préoccupations humanitaires ». Bien vu !

Claude note aussi que les deux IA soulignent, à juste titre, que le texte de Politis insiste sur l’importance des mutations démographiques (déclin de la majorité blanche) en cours aux États-Unis, qui peuvent augurer d’une prise de distance avec Israël. Claude note également que le risque est, pour l’État hébreu, de voir les États-Unis « normaliser » leurs relations avec l’Iran. « Ce ne serait alors plus une brouille, mais une recomposition historique », insiste Claude dans un résumé plus fidèle du « Regard » de Politis.

À la différence de ses deux concurrents, Claude ne fait pas l’impasse sur les liens historiques qui unissent les deux pays, et qui renvoient à des histoires coloniales souvent « impitoyables pour les populations autochtones », amérindiens ou Palestiniens. Claude tance ses concurrents : « Le parallèle entre les deux “histoires messianiques” – colons américains et colons israéliens, animés du même esprit de conquête – est complètement absent des résumés, alors que c’est une clé de lecture importante. »

Déséquilibre

En effet, cet « oubli » de ChatGPT et de Grok a l’inconvénient de minimiser la solidité des liens entre les deux pays. Or ce miroir culturel sur fond d’Ancien Testament peut porter à penser que nous sommes encore loin d’une rupture accompagnée de sanctions radicales. La démonstration s’en trouve déséquilibrée. Mais ChatGPT insiste sur un point important que Grok oublie : « Si les États-Unis normalisent leurs relations avec l’Iran, Israël perdrait une partie de son poids stratégique. »

Sur le même sujet : Au Liban, la communauté chiite forcée de subir une nouvelle guerre

Sollicitée par notre lecteur en troisième position, Anthropic (Claude) juge les deux autres résumés « honnêtes », mais « lissant » inévitablement l’article. « La violence du ton de Sieffert – “ministres fascistes” dès les premières phrases, le parallèle colonial, la causticité de Trump – est atténuée dans les deux cas. Le résumé (c’est toujours Claude qui parle, NDLR) travaille naturellement à neutraliser ce que le texte original a de tranchant. »

Ma conclusion prudente : Grok est plus idéologique et hostile que ses concurrentes. Ce qui n’est guère étonnant, puisque c’est l’IA d’Elon Musk. Mais les nuances sont ténues. La principale leçon à méditer pour le journaliste, c’est que ce qui lui paraît évident (Ben Gvir fasciste, question coloniale) relève pour les IA de sa subjectivité et de son opinion. Reste peut-être à soumettre cet article à l’IA… Pour rire. 

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