Israël : du bon usage du fasciste Ben Gvir
Le ministre suprémaciste a eu le tort de montrer à la face du monde cette réalité d’Israël que le monde ne veut pas voir.
dans l’hebdo N° 1916 Acheter ce numéro

© AHMAD GHARABLI / AFP
On a pu être étonnés d’entendre Benyamin Netanyahou invoquer « les valeurs morales d’Israël ». C’était, il est vrai, pour tancer son ministre Itamar Ben Gvir qui venait de diffuser des images le montrant à Ashdod (au sud d’Israël) brandissant, hilare, un drapeau israélien au milieu de militants de la flottille pour Gaza agenouillés, et faces contre terre. Après un génocide à Gaza, une épuration ethnique en Cisjordanie, des bombardements massifs sur le sud du Liban, on se demandait où donc étaient encore les valeurs morales de Netanyahou. Le Premier ministre israélien les a placées exactement où elles sont. C’est-à-dire évidemment pas dans la condamnation de l’assassinat quasi quotidien de villageois palestiniens par des colons armés, encouragés et protégés par le même Itamar Ben Gvir.
Netanyahou parle à Macron et à Meloni indignés par le sort réservé à leurs ressortissants, mais à peu près indifférents au colonialisme violent.
Ces meurtres et ces maisons incendiées ne sont pas incompatibles avec la morale israélienne telle que la conçoit Netanyahou. Au contraire, ces raids barbares font partie d’une morale supérieure, en ce qu’ils concourent à l’accomplissement d’un projet messianique qui fait nécessité de chasser les non-juifs de la terre de « Judée-Samarie », nom biblique de la Cisjordanie. La morale de M. Netanyahou se faufile donc entre deux crimes. L’un acceptable, l’autre qui ne l’est pas. Mais à qui parle le Premier ministre quand il invoque ses « valeurs morales » ? Moins à cette partie de l’opinion israélienne qui adore Ben Gvir, et dont il aura encore besoin en vue des élections de l’automne prochain pour faire face à la concurrence de
l’ultranationaliste Naftali Bennett et du centriste Yaïr Lapid.
Non, Netanyahou parle aux Occidentaux. Il parle à Macron et à Meloni indignés (à juste titre) par le sort réservé à leurs ressortissants, mais à peu près indifférents au colonialisme violent et d’un autre âge qui progresse en Cisjordanie. Ces morts palestiniens ne suscitent chez eux que des réprobations usées jusqu’à la corde et un lexique de l’impuissance et de l’hypocrisie. Leur « jeu » est celui-là même de Netanyahou. Pas de sanctions contre Israël, mais une interdiction pour Ben Gvir de fouler le sol français. Dura lex sed lex !
Comme si ce suprémaciste juif n’avait pas été nommé en 2022 par le Premier ministre pour former la coalition d’extrême droite la plus raciste que le pays ait connue. Comme si on ne lui avait pas confié un poste hautement stratégique, et donné tous les pouvoirs de police et de massacre ? En fait, Ben Gvir est, dans les territoires palestiniens, un homme de main dans un rapport quasi mafieux avec son patron, où l’un commande les crimes de l’autre, puis le lâche quand l’affaire tourne mal. Les gouvernements occidentaux, à l’exception notable de l’Espagne et de l’Irlande, jouent leur partition dans ce théâtre d’ombres.
En mettant en évidence le fasciste Ben Gvir, ivre de puissance, ils ont obligé le monde, notre monde, à regarder ce qu’il ne veut pas voir.
En mettant au jour ce système, les militants de la flottille pour Gaza ont réussi leur mission au-delà de toute espérance. Ils n’ont certes pas percé le blocus qui asphyxie les Gazaouis – y croyaient-ils eux-mêmes ? –, mais ils ont révélé le fond de ce qu’est devenu Israël où le parti de Ben Gvir, Otzma Yehudit (Force juive), grimpe dans les sondages. Pendant quelques heures, ils ont partagé le sort des prisonniers palestiniens, non sans souffrances, et non sans courage. En mettant en évidence le fasciste Ben Gvir, ivre de puissance, ils ont obligé le monde, notre monde, à regarder ce qu’il ne veut pas voir. L’épisode ne nous dit pas seulement qui est Ben Gvir, il nous dit ce qu’est la logique extrême du sionisme.
Ailleurs qu’en Cisjordanie, Ben Gvir n’est pas un marginal. Il est une pièce dans la stratégie de guerres tous azimuts de Netanyahou. Au moment où Trump, trop pressé d’en finir avec la guerre d’Iran, est en train de lâcher Israël, le Premier ministre a besoin de ce va-t-en-guerre. Car la contradiction entre les États-Unis et Israël est en train d’éclater. Trump a cru en une « excursion » éclair, et le voilà embourbé dans une crise mondiale de l’énergie, et un début de crise politique chez lui. Il lui faut s’en sortir au plus vite pour que les effets de ce fiasco soient effacés avant les élections de midterm.
Il faut une guerre qui dure à Netanyahou.
L’objectif de Netanyahou est à l’inverse. Il lui faut une guerre qui dure. On observe une fois de plus l’ascendant de l’Israélien sur son puissant partenaire qui, pour donner des gages à Israël, ajoute chaque jour des conditions avant de signer avec l’Iran ce qui ressemble à une reddition. Jusqu’au ridicule quand les conditions ne s’adressent plus à Téhéran, mais à l’Arabie saoudite, sommée de ratifier les accords d’Abraham de normalisation des relations avec Israël.
Une analyse au cordeau, et toujours pédagogique, des grandes questions internationales et politiques qui font l’actualité.
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…
Le 7-Octobre et les violences coloniales
Poutine, Netanyahou, Trump : deux criminels de guerre et un idiot utile
Résister aux simplifications de la crise malienne