Présidentielle : Jean-Luc Mélenchon à l’assaut de son 4e tour
Le candidat insoumis et son armada promettent une campagne collective. Espérant le ralliement des écologistes et des communistes, ils veulent incarner un espoir après dix ans de macronisme. Sans abandonner la conflictualité.
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© Quentin de Groeve / Hans Lucas via AFP
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Verts populaires : « Nous rejoignons la campagne de Jean-Luc Mélenchon » Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »Désormais, les insoumis voient des signes partout. « Les gens intègrent l’idée qu’on est en capacité de l’emporter », se réjouit le député Antoine Léaument. Dans le ciel mélenchoniste, les étoiles s’alignent. Partout dans le pays, les réunions des groupes d’action attirent du monde. Les premiers événements locaux affichent complet. Plus de deux millions de tracts ont été commandés. Les parrainages citoyens arrivent en masse. Même les sondages, qu’ils exècrent tant, se mettent à considérer que Jean-Luc Mélenchon pourrait se hisser au second tour. Et sur le terrain judiciaire, les choses semblent s’apaiser : l’instruction, menée depuis huit ans, visant le candidat à la présidentielle au sujet de ses assistants lorsqu’il siégeait au Parlement européen s’est clôturée sans mise en examen.
Jour et nuit, au siège du mouvement, il y a des militants qui font des cartons pour envoyer des tracts partout en France.
A. Le Coq
La machine insoumise s’apprête à se lancer. « Il y a une forme d’effervescence, raconte le député Aurélien Le Coq. Jour et nuit, au siège du mouvement, il y a des militants qui font des cartons pour envoyer des tracts partout en France. » Le premier test de campagne, ce sera le 7 juin. Jean-Luc Mélenchon tiendra le meeting qui devra lancer sa quatrième aventure élyséenne. Lieu de l’opération : Saint-Denis, la ville de la basilique des rois de France, l’une des premières citadelles de la banlieue rouge, une commune jeune et populaire autant qu’une terre d’immigration. Saint-Denis, c’est aussi la victoire insoumise la plus emblématique de ces municipales.
« Ce sera le meeting qui permettra de faire le lien entre la grande histoire de France, la dynamique insoumise et la “nouvelle France” », annonce Aurélien Le Coq. Avant le lancement de campagne de Raphaël Glucksmann le 13 juin et celui d’Édouard Philippe le 5 juillet, les insoumis veulent frapper un grand coup. « On n’a pas assez de bus pour faire venir tous les militants qui le veulent », certifie le député Hadrien Clouet. Mais ils le promettent : ils maîtrisent l’art de la mise en scène et savent organiser des meetings à ciel ouvert. Pour eux, ce sera le tremplin idéal pour Jean-Luc Mélenchon, le début d’une nouvelle histoire.
ll y a un récit à construire autour de l’espoir et de cette nécessité de retrouver des raisons d’être fier de son pays.
M. Bompard
Depuis des semaines, les insoumis tentent d’écrire un récit positif. Ils veulent incarner cette petite lumière au milieu du désespoir généralisé, au milieu d’un État qui ne fonctionne plus, d’une justice en souffrance, de salaires qui n’augmentent pas. Désormais, les émissaires insoumis parlent de « reconstruction » et se présentent comme les seuls capables de remettre le pays debout après dix ans de macronisme. « On va porter des mots nouveaux. Il y a un récit à construire autour de l’espoir et de cette nécessité de retrouver des raisons d’être fier de son pays, de reprendre goût au futur », prévenait le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, quelques jours avant la déclaration officielle de la candidature de l’ex-sénateur socialiste.
Plans d’action
En parallèle, les cerveaux insoumis travaillent à une ultime réactualisation de leur sacro-saint programme, « L’Avenir en commun ». Ils s’appuieront notamment sur les contributions de leur base militante. « C’est là qu’on prend le pouls des combats en cours », affirme Hadrien Clouet, coresponsable du programme du mouvement. La version définitive devrait être publiée cet automne.
Les stratèges de la campagne réfléchissent également à publier une série de plans d’actions, des documents programmatiques permettant d’envisager ce que donnerait une politique insoumise une fois au pouvoir. Et en haut de la pile de leurs priorités, une loi anti-concentration des médias afin de démanteler les empires de Vincent Bolloré et de Bernard Arnault. « En cas d’arrivée au pouvoir, on sait qu’on sera confrontés à un déchaînement contre nous », explique Clouet.
Parmi les autres dossiers : la mise en place d’un pacte productif comprenant le conditionnement des aides publiques au respect des objectifs établis par le gouvernement, comme la bifurcation écologique ou la dignité des emplois. Durant cette campagne, les insoumis parleront également de la vie chère, du désordre international, mais aussi de l’amitié et des maladies « politiques » comme le cancer, l’obésité ou le diabète.
En coulisses, un réseau de hauts fonctionnaires s’est structuré. Leur nom ? Les « Phrygiens ». Si les liens entre les mélenchonistes et la haute fonction publique ont toujours existé, ils sont aujourd’hui plus nombreux. « Je reçois des messages de gens venant de tous les ministères », jure Hadrien Clouet, en lien avec des fonctionnaires travaillant aux ministères de la Santé, du Travail, de l’Écologie, de la Justice ou de l’Intérieur.
Alors que les autres cherchent encore leur candidat, on a déjà une équipe de ministres.
A. Léaument
En première ligne, l’armada insoumise se prépare au déploiement. Car tous les stratèges promettent que la quatrième campagne de Jean-Luc Mélenchon sera plus collective que jamais. Antoine Léaument l’assure : « Alors que les autres cherchent encore leur candidat, on a déjà une équipe de ministres. » Mathilde Panot, Clémence Guetté, Manuel Bompard, Manon Aubry, Éric Coquerel, Rima Hassan, Bally Bagayoko… Les têtes pensantes de la campagne affirment que le nouvel édile de Saint-Denis sera au cœur de l’écosystème. « Sa victoire, c’est l’espoir que le racisme peut être vaincu, le signe que le temps des notables et de leur clientélisme est terminé, estime Aurélien Le Coq. Il est aujourd’hui l’un des porte-parole de La France insoumise. »
Si les mélenchonistes se vantent d’avoir su faire émerger de nouveaux visages à chaque élection, ils souhaitent désormais élargir leur périmètre. La manœuvre est baptisée « Nouvelle alliance populaire ». Les insoumis rêvent du ralliement des écologistes et des communistes. Avec eux, ils espèrent lancer un conseil politique, signer un accord programmatique et s’entendre sur des candidatures communes pour les sénatoriales en septembre et les législatives en 2027. Et si l’ancien ministre de Lionel Jospin entre à l’Élysée, son premier gouvernement comporterait des figures de ces deux formations.
Occuper l’espace
Pour le moment, les lignes n’ont pas bougé, mais les mélenchonistes pensent pouvoir attirer certaines individualités. Les stratèges citent les noms des écolos Sabrina Sebaihi, Sandrine Rousseau ou Cyrielle Chatelain. Fin avril, la patronne des députés Verts a débattu avec le tribun insoumis à l’institut La Boétie. Quelques jours plus tôt, c’est le chef de file du groupe communiste à l’Assemblée et opposant à Fabien Roussel, Stéphane Peu, qui s’est rendu dans les locaux du think tank insoumis pour phosphorer face à Aurélie Trouvé et Jean-Luc Mélenchon.
« À l’Assemblée, des députés communistes et écologistes viennent nous voir pour dire qu’ils vont voter pour nous », affirme Hadrien Clouet. Mais il n’y a pas de temps à perdre. « On leur dit : “Venez gagner la présidentielle !” Mais on ne fera pas la grande opération sauvetage. Qu’ils ne viennent pas mendier une circonscription après la bataille, lâche Le Coq. La victoire et le combat contre l’extrême droite, c’est maintenant. »
En attendant, Jean-Luc Mélenchon et les siens se délectent du vide du reste de la gauche. Les défenseurs d’une primaire n’arrivent pas à s’organiser. Ceux qui ne veulent pas de ce processus peinent à trouver une alternative. Et nombreux sont les ambitieux sociaux-démocrates à rêver de l’Élysée sans vouloir s’entendre. Devant ces tergiversations, les insoumis comptent occuper tout l’espace. « Ils font la démonstration que le pôle de stabilité à gauche, c’est nous. Que la seule personne à pouvoir l’emporter, c’est Jean-Luc Mélenchon. Et s’il y a un candidat unitaire, c’est bien lui », poursuit Le Coq.
Ils peuvent bien affirmer que je suis “clivant”. C’est vrai, heureusement. Mais qui a déjà recueilli 22 % des voix ?
J-L. Mélenchon
Mais, pour le reste de la gauche, il reste l’homme le plus détesté de la classe politique française, celui qui déroulera le tapis rouge à l’extrême droite. « Plus il sera haut, plus il sera testé perdant au second tour face à l’extrême droite », grince une unitaire de premier plan, estimant que ces enquêtes d’opinion auront un impact dans la campagne. « Ce ne sont pas les mieux placés qui parlent du meilleur candidat de second tour », évacue un haut gradé insoumis. Trop de polémiques ? Et alors ? Les sondages ? De grossières manipulations. Trop clivant, le candidat ? « Ils peuvent bien affirmer que je suis “clivant”. C’est vrai, heureusement. Mais qui a déjà recueilli 22 % des voix ? », assumait Jean-Luc Mélenchon dans Politis en novembre 2025.
Pour les insoumis, le clivage, c’est la politique. Et ils préviennent déjà : ils feront tout pour conflictualiser la campagne. Et le deuxième tour ? Une autre affaire. « Une campagne, c’est deux tours. Pour le premier tour, on gagne avec une base, et ensuite on l’élargit, avance Manuel Bompard. On part avec une base plus solide, plus élargie qu’en 2022. » L’histoire sera-t-elle différente ?
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