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Publié le 10 mars 2011
Le salut d’un vieux trotskiste …

Le salut d’un vieux trotskiste …

… à un vieux trotskiste.

[Jean-René Chauvin est mort il y a quelques jours, à 93 ans. Un autre vieux trotskiste, son cadet de trois ans, m’envoie ce texte d’hommage, que je vous fait partager.]

Illustration - Le salut d’un vieux trotskiste …

Jean-René CHAUVIN

1918-2011

Avec Jean-René Chauvin, c’est le plus vieux trotskiste français qui vient de disparaître. Il avait dix-sept ans quand il adhéra au Parti ouvrier internationaliste (POI) en 1935. Démobilisé en 1941, ses papiers étaient était si parfaitement en règle qu’il pouvait être le courrier du parti entre les deux zones : sans un papier en poche, tout dans la tête des adresses et des documents. Si insoupçonnable qu’il ait donc été quand il fut contrôlé en février 1943 au cours d’une rafle, il n’en fut pas moins arrêté. C’est qu’il avait été fiché par la police française au cours d’un manifestation des années trente. Torturé par nos flics, son silence le fit livrer à la Gestapo pour le faire parler. Là, sa résistance fit penser qu’il ne savait rien, et il fut ainsi envoyé en camp de concentration. Mauthausen, Buchenwald, Auschwitz, coupés de marches de la mort : un record ! Heureusement athlète, il a tenu grâce à un moral de fer : le trotskiste savait la défaite du nazisme inévitable. Il fallait durer plus que lui.

Libéré par l’avance de l’Armée Rouge, il rentre en France en fâcheux état, mais reprend immédiatement la lutte militante, avec le même moral, et la même énergie, s’astreignant pour tenir encore à une discipline de vie rigoureuse, solidement soutenu par Jenny, sa compagne, liée à lui quasi en un seul être.

Les cahots politiques de la vie de notre organisation d’alors, le PCI, vont faire de lui souvent un franc-tireur, car il supportait mal la discipline “léniniste“, et de ne pas dénoncer ce qui lui semblait des orientations fausses. 68 nous le rendra à la Ligue, toujours à éclipses, mais toujours à nos côtés, inébranlablement fidèle à la cause et fraternel, gardien de la continuité et de la mémoire. Aucun mensonge, aucune calomnie contre notre mouvement historique n’échappait à ses ripostes vibrantes. Il se distinguait par son mélange de fougue et de droiture. Il organisa des assemblées de souvenir à la mort de plusieurs anciens, où tous les survivants se retrouvaient.

Son expérience des camps l’avaient obsédé. Comment comprendre ce phénomène monstrueux ? Il avait mis en fiches tous les camps de concentration qui avaient existé et existaient encore. Ce ne fut que tardivement, en 2006, que le journaliste révolutionnaire qu’il fut donna enfin son seul livre, Un trotskiste dans l’enfer nazi (éditions Syllepse), dont il me fit l’amitié et l’honneur de me demander l’introduction. Il y mit à la fois sans emphase le récit de comment il avait vécu cet enfer et y survécut, et sa théorie du rapport intrinsèque de ce système au capitalisme impérialiste, au nazisme et au stalinisme.

Un an avant qu’il ne tombe, il manifestait encore.

Le militant de cristal de roche qui souffrait sans se plaindre était un ami chaleureux et sûr.

Je dédie cet hommage à Jenny et à la jeune génération révolutionnaire.

Michel Lequenne.


Profitons-en pour vous signaler l’imposant ouvrage (plus de 800 pages !) dudit Lequenne (qui fut, outre un dirigeant de la IV, un membre actif du groupe surréaliste, un critique d’art écouté, à Politis notamment : c’est dire la variété et le nombre de souvenirs dans sa besace !) : {Le Catalogue (pour mémoires)}, éditions Syllepse, 30 euros. Une mine d’anecdotes, de portraits, de polémiques, sur le ton alerte d’un vieillard juvénile et toujours révolutionnaire …

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