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Publié le 27 août 2014

Ces hommes qui s’en prennent aux oiseaux

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L’observatoire est en feu, si les oiseaux pouvaient parler, ils nous diraient ce qu’ils en pensent.

En quête d’un sujet de rentrée léger qui sorte un peu des registres militance triste, sempiternelle dénonciation du totalitarisme hi-tech souriant qui vient, ou drame planétaire, je tombe sur un article de Sud Ouest, édition de la Charente-Maritime, intitulé : « L’observatoire des oiseaux de Saint-Froult incendié ». Mon sang ne fait qu’un tour. Qui sont donc ces ostrogoths, capables de s’attaquer à des créatures pacifiques et à leurs protecteurs-observateurs ? Le journaliste, lui aussi visiblement choqué, suggère une réponse : la plateforme a brûlé… « à l’issue d’un rassemblement de 300 chasseurs qui ont bloqué le rond-point d’accès à l’île d’Oléron ». L’article explique ensuite que ces messieurs en colère ont, pendant deux heures, distribué un tract dénonçant « l’acharnement sans fin de la Ligue de protection des oiseaux [LPO] et des associations anti-chasse », responsables, selon eux, d’une restriction « à peau de chagrin » du territoire de chasse côtier qu’ils louent à l’État. Motif de leur ire : deux parcelles… de 5 km de littoral côtier (sur 450 km au total, dont la moitié est ouverte à la chasse), et une en particulier, sur 1,2 km de long. Elle est fréquentée par une trentaine de chasseurs et contiguë à la réserve naturelle, appartenant, elle, au Conservatoire du littoral, mais gérée par la LPO. Inutile de vous faire un dessin, les oiseaux nichent dans la réserve et lorsqu’ils passent « la frontière », ils deviennent des cibles potentielles pour… les voisins à l’affût. D’où l’arrêté signé par la sous-préfète qui tente d’accéder aux demandes des uns, sans déposséder les autres.

Sans succès visiblement. Le tract est « incendiaire » : la LPO « est une association qui vit grassement sur nos impôts » [les fédérations et associations de chasse touchent elles aussi des subventions, NDLR], elle « refuse le dialogue », elle « confisque des territoires » (?), elle « souhaite avoir le monopole de l’éducation de nos enfants » (???), impose des « conditions dictatoriales », etc. Le tract se conclut sur la menace d’« un combat à durée indéterminé ». Le communiqué du 7 août diffusé par la Fédération départementale des chasseurs de Charente-Maritime donne lui aussi dans la sémantique guerrière dès la première phrase : « La LPO a tiré dans les dos des chasseurs »…

L’affrontement n’a pas lieu que dans ce département et il ne date pas d’hier. Depuis plusieurs années, la Fédération de chasse locale et l’association pour la gestion de la chasse maritime (à l’origine du tract) défendent ce qu’ils considèrent comme leur « territoire ». Aux dires de nombreux témoins, non seulement ils ne font pas le ménage, mais ils usent de méthodes assez… rudes, comme cribler de balles les panneaux « Interdit de chasser » ou y accrocher des oiseaux morts. Il serait même question de menaces de mort. On le voit, l’ambiance est « sympathique » et la conception du « dialogue » pour le moins curieuse. Associations et riverains soucieux des oiseaux ont patiemment conservé témoignages et photos, et l’épais dossier est désormais sur le bureau de Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie et présidente de la Région. Sans doute ces méthodes peu civiques ont-elles joué dans la décision ministérielle de modifier le bail de location par un arrêté préfectoral qui en renouvelle les termes tous les huit ans. On prend un peu à Jacques – cinq petits kilomètres – pour donner à Paul – les oiseaux et celles et ceux qui aiment la faune et la nature – un peu de sécurité et de tranquillité.

Pas de quoi fouetter un chat. Mais les chasseurs se posent néanmoins en victimes. Dans Sud Ouest, le président de la Fédération ne condamne même pas l’incendie. Il estime que la présence sur le site de l’observatoire d’une trentaine de chasseurs – qui ont d’abord fièrement affiché la preuve photographique sur le site de leur association avant de la retirer – « peut prêter à confusion ». Ils seraient « montrés du doigt », et c’est la LPO qui aurait « allumé la mèche ». Afin de masquer une éventuelle boulette, le « vénérable » président pointe la prétendue illégalité de la construction de bois. Et, comme la police, il dit attendre que l’enquête amène des preuves et identifie les coupables… Cela ne saurait tarder puisque la LPO, qui ne souhaite pas s’exprimer pour ne pas souffler sur des braises à peine éteintes, a déposé une plainte pour dégradation et tentative de vol.Il existerait un proverbe chinois disant « l’homme qui s’en prend aux oiseaux ne peut qu’être rempli de haine ». Et s’il n’existe pas, on devrait l’inventer et l’enseigner dès la maternelle. Histoire que les chasseurs de demain cessent, sous couvert de régler d’autres problèmes, de nuire à d’innocents oiseaux. Et plus largement de tuer certaines espèces protégées au prétexte qu’elles nuisent aux intérêts des agriculteurs, des cultivateurs ou des pêcheurs.


{{Sur le Web}}

Trois articles du quotidien Sud Ouest

[http://www.sudouest.fr/2014/08/18/l-observatoire-pour-oiseaux-incendie-1644627-1436.php->http://www.sudouest.fr/2014/08/18/l-observatoire-pour-oiseaux-incendie-1644627-1436.php]

[http://www.sudouest.fr/2014/08/17/saint-froult-17-un-observatoire-pour-oiseaux-incendie-par-des-chasseurs-1644346-1391.php->http://www.sudouest.fr/2014/08/17/saint-froult-17-un-observatoire-pour-oiseaux-incendie-par-des-chasseurs-1644346-1391.php]

[http://www.sudouest.fr/2014/08/17/incendie-de-l-observatoire-des-oiseaux-17-aucune-revendication-selon-la-federation-de-chasse-1644376-1391.php->http://www.sudouest.fr/2014/08/17/incendie-de-l-observatoire-des-oiseaux-17-aucune-revendication-selon-la-federation-de-chasse-1644376-1391.php]

Le site de l’association pour la gestion de la chasse maritime[http://www.acm17.fr/->http://www.acm17.fr/]

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