Guéret, capitale de la défense des services publics

Une manifestation nationale défendra les services publics le 13 juin à Guéret, dans la Creuse, dix ans après une mobilisation qui avait suscité la naissance d’une convergence nationale contre la fermeture de ces services de proximité.

Thierry Brun  • 3 juin 2015
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Guéret, capitale de la défense des services publics
© Pour tous renseignements complémentaires (Programme, transport, inscription...): http://www.convergence-sp.org/Photo: Manifestation en défense des services publics, le 5 mars 2005, à Guéret (Creuse). DERRICK CEYRAC / AFP

En mars 2005, 6 000 personnes convergeaient à Guéret , ville de 14 000 habitants située dans la Creuse, pour défendre les services publics menacés par les coupes budgétaires. À l’époque, ce département était devenu le symbole de la désertion des services dans les campagnes, après la fermeture de plusieurs centres des impôts, suivie de la démission symbolique de 263 élus en guise de protestation.

La manifestation avait alors pris une ampleur nationale car s’ajoutait les annonces de fermetures de bureaux de postes et d’autres services de proximité dans tout le pays. « On a rencontré pas mal de succès à l’échelle locale, notamment grâce à l’implication des élus » , raconte Michel Jallamion, actuel président de la Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics. Née du rassemblement de 2005, cette Convergence rassemble près de 80 organisations syndicales, associatives et politiques, couvrant l’ensemble du secteur public.

Qu’en est-il, dix ans plus tard ? « La gare principale de La Souterraine, à deux pas de Guéret, située sur la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse, est menacée de fermeture du fait de la volonté de tronçonnage de cette ligne pour rentabiliser la ligne Paris-Tours-Bordeaux » , relèvent les défenseurs des services publics qui organiseront une manifestation nationale le 13 juin à Guéret, et lanceront le 14 juin des assises nationales de défense et de développement des services publics.

« Nous dénonçons un réel problème d’implantation territoriale des services publics , explique Michel Jallamion. Le milieu rural est le premier touché avec la fermeture d’écoles, de trésoreries, de postes, d’hôpitaux, de maternités et de gare. En dix ans ce phénomène s’est étendu progressivement aux villes moyennes, aux banlieues urbaines et populaires, quand ce n’est pas au cœur même des métropoles. »

Le mécontentement a gagné les élus sur l’ensemble du territoire, assure le président de la Convergence :
« Il ne cesse de s’intensifier, que ce soit en Isère pour sauvegarder les bureaux de Poste ou à Lure contre la fermeture de la maison d’arrêt. Le président des maires ruraux de France, Vanik Berberian, sera présent le 13 juin à nos côtés à Guéret. »

La fermeture des services publics de proximité « s’accélèrera encore plus demain si un rapport de force n’est pas créé pour changer l’orientation du projet de loi “Nouvelle organisation territoriale de la République” (NOTRe). Ce texte souhaite concentrer les politiques publiques exclusivement sur le développement des métropoles sans plus aucun objectif d’aménagement harmonieux et équilibré du territoire. Il veut transformer en zones dédiées à la concurrence ce qui pourrait être des zones de solidarité. »

La Convergence reproche à la gauche au pouvoir de maintenir une politique de baisse de la dépense publique , de privatisations et de démantèlements des services publics dont les conséquences suscitent de nombreuses questions :

« Comment parler de relance économique lorsqu’un des premiers choix d’implantation des entreprises est lié à la qualité des services publics et qu’on les détruit ?
Comment parler d’égalité des droits lorsque l’accès au service public qui permet l’effectivité de ces droits n’est pas le même sur le territoire ?
Comment en parler lorsqu’un système à deux vitesses est instauré par la loi comme pour le transport avec la loi Macron ?
Comment parler d’égalité lorsque l’avenir de nos enfants dépend du quartier où ils vivent et des écoles qu’ils fréquentent ?
Comment parler de modernité lorsque l’informatique est utilisée pour adapter la demande de l’usager à l’offre et non le service au besoin de l’usager ?
Lorsque, au lieu de remplacer un travail fastidieux, il est utilisé pour décharger une partie du travail du personnel et la responsabilité de l’erreur sur l’usager ?
Comment expliquer qu’on reçoit la COP 21, qu’on veut lutter contre le réchauffement climatique et que dans le même temps on détruise le ferroutage, on privatise nos barrages sans parler des voltes faces politiques sur la gestion des autoroutes ?
Comment développer la recherche sur la production d’énergie propre, comment mener un développement respectueux de l’être humain et de son environnement sans les désenclaver des intérêts de rentabilité immédiate ?
Comment le faire en dehors de services publics qui sont notre bien commun ? »

Illustration - Guéret, capitale de la défense des services publics

La Convergence compte sur la montée de la grogne des élus pour réussir Guéret 2015 et espère la venue de 10 000 personnes en Creuse pour une manifestation « militante, populaire et festive » . Les organisateurs souhaitent imposer une action au long court en préparant le 14 juin d’ambitieuses assises qui se tiendront entre janvier et juin 2016 avec pour objectif la rédaction d’un manifeste à Paris. « Loin de considérer les services publics comme une dépense, nous les voyons comme des créateurs de richesse, notre patrimoine commun, un investissement durable pour l’avenir, une solidarité active, le moyen de rendre effective l’égalité des droits » , promet le président de la Convergence nationale.

A (RE)VOIR >> Reportage sur la manifestation du 5 mars 2005 , diffusé dans le 19.20 de France 3. François Hollande n’y était pas le bienvenu.


Économie Société
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