Féminisme : « On parle à notre place, il faut que cela cesse ! »

Les associations militantes de femmes d’origine immigrée reprochent aux organisations instituées de porter des revendications qui réduisent ou ignorent la réalité de leurs luttes au quotidien.

Lena Bjurström  • 28 octobre 2015 abonné·es
Féminisme : « On parle à notre place, il faut que cela cesse ! »
© Photo : DUFOUR/AFP

On dit qu’elles sont « issues de ». Issues de l’immigration, issues des quartiers populaires, issues de ces marges des villes françaises dont on parle beaucoup… et que l’on entend plus rarement. Militantes antiracistes, anti-discriminations, anti-violences policières, elles organisent, le 31 octobre, une Marche de la dignité (voir encadré), parce que trente-deux ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme, et dix ans après les révoltes de 2005, « les populations issues de l’immigration postcoloniale et des quartiers populaires sont de plus en plus exposées aux violences et aux crimes policiers, aux discriminations systématiques, aux humiliations et à une précarisation organisée », expliquent-elles. La marche est mixte, le collectif d’organisation féminin. Pourquoi ? « Parce qu’il faut porter la parole de femmes qui ne sont pas soumises, pas obéissantes, pas dociles, pour dire que la dignité fait déjà partie de notre histoire », répond la sociologue Nacira Guénif-Souilamas dans une vidéo d’appel à la manifestation.

Féministes ? Oui. Non. C’est compliqué. Dans les quartiers populaires, parmi les personnes d’origine immigrée, le terme n’est pas dépourvu d’ambiguïtés. « Trop longtemps, les droits des femmes ont servi d’instruments politiques pour dénoncer un sexisme supposé spécifique des hommes d’origine immigrée, et donc les stigmatiser, explique Sihame Assbague, porte-parole du collectif Stop le contrôle au faciès et membre de la Marche des femmes pour la dignité (MaFeD). Nous organisons cette marche aussi pour montrer que nous ne nous laissons pas prendre à ce piège. » Ce piège, c’est celui de l’imaginaire du garçon noir ou arabe, violent, dominateur, figure de l’antimodernité [^2] indissociable de son pendant féminin, la femme

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Société
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