Des militants d’Attac convoqués par la police

Suite à une action pacifique, sept militants ont été entendus mardi 25 avril. Un rassemblement de soutien a eu lieu.

Malika Butzbach  • 25 avril 2017
Partager :
Des militants d’Attac convoqués par la police
© Photo : Malika Butzbach

C‘est pas les citoyens qu’il faut juger, c’est l’évasion fiscale en bande organisée ! » À 13 heures, sur le trottoir de l’avenue de Friedland (Paris VIIIe), à égale distance de l’agence de la Société générale et du commissariat, une trentaine de personnes clament ce slogan. Devant des affiches dénonçant l’évasion fiscale pratiquée par la banque et son directeur, Frédéric Oudéa, les participants se sont rassemblés en soutien aux sept militants d’Attac convoqués en auditions libres par la police.

Contre l’opacité fiscale

Tout a commencé le 1er avril. Pour marquer le premier anniversaire des révélations des Panama Papers, les activistes avaient peint en blanc les vitrines de la Société générale des Champs-Élysées. À la suite de cette action visant à dénoncer l’opacité fiscale de la banque, 35 personnes avaient été interpellées et conduites dans quatre commissariats parisiens différents.

Coïncidence ou non, seules les sept personnes emmenées au commissariat du VIIIe arrondissement ont été convoquées. Il faudra attendre mai pour connaître la suite des événements : pour l’instant, l’organisation ignore si la Société générale a porté plainte.

À lire aussi >> Évasion fiscale : le casse permanent

Refus du prélèvement biologique

C’est le cas de Pierre, militant d’Attac depuis un an qui a été reçu hier par les policiers. « Ils m’ont surtout posé des questions sur l’organisation de l’action et les responsables d’Attac. » Vincent, qui est sorti il y a quelques heures du commissariat, témoigne au micro : « Moi, ce qui m’a choqué c’est à la fin, lorsqu’ils m’ont demandé si je serais d’accord pour payer les frais de nettoyage de l’agence. Si c’est le prix à payer pour récupérer l’argent qu’ils ont dans les paradis fiscaux, pourquoi pas », sourit-il.

Yuli (à gauche sur la photo ci-dessous) aussi sort juste de sa convocation. « C’était un peu tendu au début, explique-t-elle. Le policier m’a dit qu’il irait au bout de la procédure d’identification et qu’il ferait un prélèvement biologique, ce que les autres militants n’ont pas eu. Mais j’ai refusé. » D’ailleurs, des copains d’Attac lui ont rapporté un coton-tige géant, symbolisant ce fameux prélèvement biologique. « Ils se servent de coton-tige pour prélever la salive. Et pourquoi pas celle de Frédéric Oudéa ? », s’exclame la jeune femme. « Après tout, c’est lui qui pratique l’évasion fiscale, pourquoi c’est nous que l’on convoque au commissariat ? »

© Politis

Appel pour une mobilisation sociale

Aurélie Trouvé (à droite sur la photo ci-dessus), porte-parole d’Attac elle aussi convoquée, prend le micro. Après avoir dénoncé ces convocations, elle mentionne l’élection présidentielle :

On a le choix entre le fascisme et le néolibéralisme. Il y a des chances pour que notre futur Président soit celui de la grande finance, celui qui a prévu dans son programme de faire de nombreux cadeaux aux banques.

Elle appelle d’ailleurs à une grande mobilisation sociale le 1er mai : « Le troisième tour sera dans la rue. Ah ça oui, ils vont continuer d’entendre parler de nous : on ne lâchera rien ! », clame-t-elle en levant le poing. Elle laisse le micro à un autre militant : elle doit se rendre au commissariat. Sa convocation est à 14 heures.

À lire aussi >> Faucheurs de chaise : le procès de Jon Palais se retourne contre la BNP

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Budget 14 janvier 2026 abonné·es

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.
Par Lucas Sarafian
Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »
Entretien 13 janvier 2026 abonné·es

Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »

Le spécialiste de l’extrême droite Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof, relativise l’impact politique du procès. Et estime que la possible accession de Bardella comme candidat ne provoquerait pas de guerre au sein du parti.
Par Lucas Sarafian et Maxime Sirvins
Mercosur : les trois arnaques de la Commission européenne
Décryptage 13 janvier 2026 abonné·es

Mercosur : les trois arnaques de la Commission européenne

Ce samedi 17 janvier, Ursula von der Leyen s’envolera vers le Paraguay pour signer le traité de libre-échange. Décryptage des principaux problèmes posés par ce texte.
Par Pierre Jequier-Zalc
En grève de la faim depuis juillet, Zehra Kurtay toujours en lutte pour l’asile
Reportage 13 janvier 2026

En grève de la faim depuis juillet, Zehra Kurtay toujours en lutte pour l’asile

La journaliste turque, en grève de la faim depuis bientôt 200 jours, est menacée d’expulsion. Lundi 12 janvier s’est tenue à la cour administrative d’appel de Paris une audience déterminante, visant notamment à savoir si elle pouvait être renvoyée en Turquie, où elle risque des persécutions.
Par Pauline Migevant