La justice bientôt sans défense ?

Un projet de loi réformant le système judiciaire sera présenté le 20 avril en Conseil des ministres. Il s’est attiré la colère de tous les acteurs de ce pilier de la démocratie, qui manifestent le 30 mars.

Hugo Boursier  • 28 mars 2018 abonné·es
La justice bientôt sans défense ?
photo : Manifestation le 21 mars devant le palais de justice de Toulouse.© AFP/valentin belleville

Les « chantiers de la justice ». Tel est le nom avancé par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, le 6 octobre dernier, pour qualifier le chemin à parcourir jusqu’à son projet de loi. Cinq mois après, les avocats, magistrats et greffiers constatent que l’outil privilégié par la ministre pour mener à bien ses travaux est le marteau-piqueur.

Au menu : « transformation numérique », « simplification » des procédures civile et pénale, « adaptation » du réseau des juridictions et « efficacité » des peines. Derrière ce lexique choisi, le Conseil national des barreaux (CNB) perçoit « un projet dicté par une vision purement gestionnaire, au mépris des droits fondamentaux ». La Conférence des bâtonniers, elle, dénonce « une réforme financière et technocratique, éloignée des besoins du citoyen ».

Les professionnels de la justice multiplient les alertes depuis un mois pour tenter de se faire entendre, sans pour l’instant être parvenus à gagner l’intérêt d’une opinion publique noyée sous les réformes. Le 15 février, une pétition était signée par une large union syndicale [1] ; le 21 mars, des centaines d’avocats répondaient à l’appel du CNB pour une journée « Justice morte » ; et, le 30 mars, une manifestation nationale est prévue.

« Je pense que la colère des avocats est beaucoup nourrie de la méthode employée par le gouvernement », nous confie Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB et avocate au barreau de Paris. Le 19 octobre, les magistrats, avocats et greffiers reçoivent trois questionnaires sur les cinq « piliers » des chantiers de la justice. Ils s’inscrivent dans la « consultation de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Police / Justice
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

« Affaire du 8 décembre » : la gauche radicale face aux dérives de l’antiterrorisme
Récit 5 mai 2026

« Affaire du 8 décembre » : la gauche radicale face aux dérives de l’antiterrorisme

Le procès en appel de six des sept militants d’extrême gauche condamnés en 2023 pour « association de malfaiteurs terroriste » a débuté lundi 4 mai. Si le dossier semble particulièrement fragile, le jugement pourrait constituer un précédent dangereux en matière d’antiterrorisme.
Par Martin Eteve
C9M : face à la marche des fascistes, faisons nombre
Tribune 4 mai 2026

C9M : face à la marche des fascistes, faisons nombre

Contre le défilé néonazi du 9 mai, la Marche des solidarités, les collectifs de sans-papiers et mineur·es isolé·es, le collectif antifasciste de Paris 20e et de très nombreuses organisations politiques et syndicales appellent à une grande manifestation contre le fascisme.
Affaire Master Poulet : pour Karim Bouamrane, opération gentrification
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

Affaire Master Poulet : pour Karim Bouamrane, opération gentrification

Sous couvert de lutte contre la malbouffe, le maire de Saint-Ouen mène une bataille contre Master Poulet, une rôtisserie de la ville. Des débats polémiques qui mettent aussi en lumière la question de l’embourgeoisement.
Par Kamélia Ouaïssa
Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA
Enquête 28 avril 2026 abonné·es

Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA

Depuis mars, l’accueil des visiteurs du centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse-Cornebarrieu est assuré par des agents de sécurité privée dans le cadre d’un dispositif national d’externalisation. Une évolution qui interroge de nombreux acteurs tant sur le cadre légal que sur la carcéralisation des CRA.
Par Maxime Sirvins