Opération coup de poing contre le siège de LREM : deux éboueurs CGT sanctionnés

Ils voulaient déverser 7 tonnes de déchets devant le siège d’En marche. Les deux éboueurs arrêtés à bord d’un camion-poubelle ont été mis à la retraite d’office mardi dernier. Avec la CGT, ils ont décidé de formuler un recours gracieux auprès d’Anne Hidalgo.

Romain Haillard  • 4 octobre 2018
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Opération coup de poing contre le siège de LREM : deux éboueurs CGT sanctionnés
photo : Comme éboueur à la ville de Paris, Christian Garnier et Jean-Jacques Picot ont respectivement 37 et 26 années d'ancienneté.
© Romain Haillard

D ésormais, la responsabilité revient à Hidalgo. Sa décision sera politique », déclare calmement un homme à la mine grave. Jean-Jacques Picot, éboueur de 56 ans aux cheveux poivre et sel, a reçu la nouvelle mardi dernier. Lui et son collègue Christian Garnier, 58 ans, ont été mis à la retraite d’office. Cette sanction disciplinaire, prononcée par la mairie de Paris, intervient en réponse à un « vol » de camion-poubelle le 25 mai. Avec l’appui de leur syndicat, la CGT FTDNEEA (Filière traitement des déchets, nettoiement, eau, égouts et assainissement) et de leur fédération, la CGT des Services publics, les deux agents adressent un recours gracieux auprès d’Anne Hidalgo pour être réintégrés.

Ce jour-là, les deux éboueurs participaient à une opération coup de poing. Ils avaient récupéré une benne à ordures pour en déverser le contenu devant le siège de la République en marche. Tracés par une puce de géolocalisation, les conducteurs avaient été interceptés par la police et mis en joue. Baptiste Talbot, secrétaire général de la fédération des Services publics de la CGT, est catégorique : le syndicat assumait collectivement cette action. Au même moment, une centaine de cheminots, énergéticiens et cheminots investissaient les locaux du 63, rue Sainte-Anne et coupaient l’eau, le gaz et l’électricité. « Nous défendons les services publics et nous n’arrivions plus à nous faire entendre, face à ce gouvernement qui avançait au forceps », argumente le responsable syndical.

« Une décision purement administrative »

Une première sanction judiciaire tombe en juillet. Le procureur propose aux deux agents d’éviter le procès s’ils plaident coupable. Ils acceptent, chacun écope de 70 heures de travaux d’intérêts généraux. La peine est jugée « mesurée » par leur syndicat, les magistrats ayant replacé l’action dans le contexte du mouvement social. Mais la ville de Paris ne l’entend pas de cette oreille. Deuxième round, le conseil disciplinaire. Formé par des représentants syndicaux et des administrateurs municipaux, le débat a porté sur la révocation directe des deux hommes. Faute d’accord, la décision revenait à la secrétaire générale de la ville, Aurélie Robineau-Israël. Qui tranche : mise à la retraite d’office.

Du côté des syndicats, la stupeur règne. « Nous avons essayé de chercher des précédents, nous n’avons pas trouvé d’équivalent », souligne le secrétaire général de la CGT Services publics. La mairie, elle, se défend : « Ça n’a rien d’exceptionnel, l’année dernière, nous avons appliqué la même sanction à douze agents pour faute professionnelle. » Il s’agirait donc d’« une décision purement administrative ». Mais les syndicalistes y voient plutôt « une décision politique et anti-CGT ». Régis Vieceli, secrétaire général de la FTDNEEA, ajoute : « En décembre 2017, nous avions bloqué les usines à gaz avec sept camions-poubelles. Personne n’avait été sanctionné. »

Anne Hidalgo dispose de deux mois pour se prononcer suite au recours gracieux déposé. « La maire s’était déclarée en faveur du mouvement contre la casse du service public », soutient Baptiste Talbot. Il continue : « Si elle refuse, nous pouvons saisir un conseil disciplinaire de recours ou encore le tribunal administratif… mais les délais sont longs. » Jean-Jacques Picot conclut, dépité : « Ma retraite sera de 700 euros par mois, ça couvre à peine mon loyer… C’est une mise à mort. »

Travail Société
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