Où va la police ?

Politis a voulu plonger dans les rouages d’une institution à la croisée des chemins entre défiance populaire et « soutien total » du gouvernement.

Nadia Sweeny  • 15 juillet 2020
Partager :
Où va la police ?
© PHILIPPE DESMAZES / AFP

L’institution est à la croisée des chemins. Heurtée par les mobilisations contre les violences policières, elle semble ne pas comprendre comment la population peut l’acclamer après le Bataclan et la critiquer pour les gilets jaunes. Comme si l’un devait effacer l’autre. Les policiers en colère descendent dans la rue. Drôle de période où, le jour, ils chargent violemment les manifestants, pendant que, la nuit, ils jettent leurs menottes à la lumière des gyrophares, pour réclamer reconnaissance.

Par peur d’un décrochage de la base, Jean Castex, à peine intronisé Premier ministre, s’est précipité au commissariat de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), « montrer au policier le soutien du gouvernement de la République ». Un soutien « sans faille », dit-il. « Un soutien total ! », renchérit Gérald Darmanin, nouveau locataire de la Place Beauvau. Un homme sous le coup d’une procédure judiciaire pour viol est censé rétablir la confiance des forces de l’ordre. Où est passée l’exemplarité qu’on exige de la base ? Et si le soutien du gouvernement est « total », est-il pour autant inconditionnel ?

Jean Castex a été accueilli en Seine-Saint-Denis par le préfet de Paris, Didier Lallement. Celui-là même qui clamait, le 16 novembre 2019, à une manifestante des gilets jaunes : « Nous ne sommes pas dans le même camp. » Mais quel est donc ce camp ? Ce même préfet qui, face à l’étendue de l’affaire de la « CSI 93 », où quatre agents sont mis en examen pour extorsion, décide de démembrer l’ensemble de cette brigade de 150 agents. N’est-ce pas là l’aveu d’un problème de fond dans le « système police » ? Les violences policières ne sont pas qu’un problème de « brebis galeuses ».

Politis a voulu plonger dans les rouages de la maison police. Dans un second volet, à paraître la semaine prochaine, nous verrons que, quoi qu’en pensent les politiques, la police de la République appartient aussi à ses citoyens et qu’il est temps qu’ils y prennent toute leur place.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Virginie Despentes : « La République n’a pas à mendier que les riches payent un peu d’impôts »
Démocratie • 4 novembre 2026

Virginie Despentes : « La République n’a pas à mendier que les riches payent un peu d’impôts »

Intellectuel·les, artistes, membres de la société civile… Ils et elles analysent la crise autoritaire que nous vivons aujourd’hui. Et remontent le fil de ses origines, décodent ses manifestations, expriment leurs inquiétudes profondes mais aussi leurs espoirs, et proposent des voies de résistance.
Par Politis
Agression d’un militant insoumis dans l’Yonne : le spectre de la « peste brune qui envahit les campagnes »
Enquête • 4 novembre 2026

Agression d’un militant insoumis dans l’Yonne : le spectre de la « peste brune qui envahit les campagnes »

Le 9 août, Philippe G., militant LFI de 68 ans, a été agressé dans un hameau icaunais. Seul un des trois auteurs présumés a été poursuivi… lequel a également porté plainte. Le parquet a orienté la procédure vers une médiation pénale prévue ce 4 novembre, que la victime a refusée.
Par Pauline Migevant
Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »
Entretien • 4 novembre 2026 abonné·es

Johann Chapoutot : « Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné »

De la soumission de la bourgeoisie allemande à la montée du libéralisme autoritaire, l’historien revient sur les mécanismes qui ont permis l’installation des nazis au pouvoir en 1933. Une histoire qui éclaire, selon lui, certaines évolutions politiques contemporaines, en Allemagne comme en France et aux États-Unis.
Par Olivier Doubre
« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »
Entretien • 3 novembre 2026 abonné·es

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »

Nathalie Tehio, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme, décrypte les mécanismes du virage autoritaire et appelle à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales.
Par Pierre Jacquemain