Un débat très agité

Le forum « Vive la politique ! » organisé la semaine dernière à Grenoble par « Libération » a pris l’allure d’une vaste opération de communication… et connu quelques « bavures ».

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Des gendarmes mobiles empêchant l'entrée derrière une rangée de grilles, des policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) et des RG pour filtrer les entrées au faciès, quelques expulsions manu militari ... Le Forum de Libération , qui s'est tenu du 13 au 15 septembre à la Maison de la culture de Grenoble (MC2), était pourtant annoncé comme une « rencontre citoyenne pour se réapproprier la politique » .

Illustration - Un débat très agité
L’évacuation musclée d’un adhérent de la SLL.
PABLO CHIGNARD

Il y a trois mois, le quotidien annonçait son intention d'organiser une grande rencontre participative avec ses lecteurs. Il devait un temps s'intituler « La gauche est morte, vive la gauche ! », avec la participation de l'ensemble de la gauche autour de ses projets de refondation. La direction du journal a finalement préféré un prudent « Vive la politique ! », sous forme d'une cinquantaine de « duels » entre deux « grands témoins » ­ politique, économie, culture, philosophie, etc. ­, l'un de gauche et l'autre de droite, la plupart du temps, dont une dizaine de ministres ou secrétaires d'État. Quelle droite nous gouverne ? Quelle gauche va se reconstruire ? Laurent Joffrin, directeur de Libération , avait recadré le débat, présenté comme un « rendez-vous essentiel de la rentrée politique » , et comme un « temps fort de la vie citoyenne » par Max Armanet, directeur du développement 1.

Les associations locales n'avaient pourtant pas été conviées 2, et plusieurs d'entre elles, avec la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et le syndicat SUD, appelaient à manifester contre ces « trois jours de baratin, de petits fours et de manigances » ou ce « Libé... râle de gauche » .

Pour faire bonne mesure, les organisateurs avait concédé aux associatifs d'organiser à La Bifurk, espace alternatif voisin, une vingtaine de « tables rondes, ateliers de discussion, débats, expressions libres, performances artistiques [...] » C'est là que l'on retrouvait la Société des lecteurs de Libération (SLL). Fondée il y a un an à l'initiative de journalistes du quotidien, au coeur de sa crise économique, elle a collecté près de 150 000 euros auprès de quelque 5 000 adhérents. Rapidement identifiée comme un pôle d'opposition aux projets de la direction, elle n'avait pas été conviée à participer à l'organisation du Forum (de même que les journalistes, explique l'un d'eux). « Max Armanet nous a interdit de déposer notre quatre-pages dans la Maison de la culture, afin de "ne pas brouiller le message de Libération " » , relate Thomas Hearns. Un article, en particulier, aurait fait bondir Laurent Joffrin : l'entretien avec le journaliste François Weinz-Dumas, faisant état de la « situation humaine difficile » dans un quotidien passé en dix-huit mois de 348 salariés à 202.

Appliquant les consignes de sécurité ­ données par Libération ou la préfecture, les témoignages divergent ­, les forces de l'ordre font le tri au faciès à l'entrée de la MC2. Zina Rouabah, présidente de la SLL, dûment munie de son ticket d'entrée, est bloquée sur le trottoir. « Moi, une historique du journal ! » , s'étrangle-t-elle. Et puis c'est l'incident. Un supposé trublion est brutalement expulsé. Commotionné, il fera un bref passage à l'hôpital. Il s'avère qu'il s'agit de Mikael Garnier-Lavalley, l'un des secrétaires de la SLL. « Max Armanet et l'attaché de presse de la mairie se sont confondus en excuses, répétant qu'il s'agissait d'une bavure ! » , relate Thomas Hearns.

« C'est bien à l'image de la fracture qui existe au sein du journal, avec une direction isolée de la rédaction et plus que réticente vis-à-vis de la Société des lecteurs , estime Mikael Garnier-Lavalley. Ce forum, ça ressemble à de la communication pour montrer à l'extérieur que Libé est vivant, et qu'il peut attirer des investisseurs 3. Nous, on s'est levés à 5 heures du matin et on a pris deux jours de RTT pour être à Grenoble. On voulait aider le journal... »


  1. Libération du 13 septembre 2007. 

  2. La ville de Grenoble, le département de l'Isère et la région Rhône-Alpes ont pris en charge une large part de l'organisation. 

  3. Le déficit s'élevait à 3 millions d'euros en juin dernier et le tribunal administratif ne statuera sur le sort du journal qu'à la fin de l'année. 


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