Des limites de l’antilibéralisme

Pour Philippe Corcuff, l’anticapitalisme a besoin d’être réévalué, au travers de la question écologiste, démocratique et individualiste.

Phillipe Corcuff  • 4 octobre 2007 abonné·es

Après la double ère de « crise du marxisme » et d'hégémonie du néolibéralisme dans les années 1980, le renouveau de la critique sociale ­ avec notamment la publication en 1993 de la Misère du monde (sous la direction de Pierre Bourdieu) et les grèves de l'hiver 1995 ­ s'est énoncé en termes « antilibéraux ». Historiquement, cela a été positif, stimulant un mouvement de relance sociale et intellectuelle. Aujourd'hui, cela tend à favoriser ambiguïtés politiques et paresses intellectuelles.

Ambiguïtés politiques ? Cela peut laisser penser qu'un hypothétique capitalisme régulé (au niveau national, européen ou mondial) deviendrait juste et ne serait plus critiquable. Ce serait aussi associer irrémédiablement libéralisme économique et libéralisme politique, en abandonnant aux partisans du marché-roi les acquis du second [^2]. Or, la préservation de la pluralité humaine, le développement des droits individuels et collectifs, la défense du pluralisme de la presse ou la limitation réciproque des pouvoirs participent, plus que jamais après les totalitarismes dits « communistes », aux idéaux d'émancipation.

Paresses intellectuelles ? De manière générale, ce serait croire qu'une gauche radicale peut exactement se reconstruire sur le même mode qu'avant, sans analyse critique des impasses et des échecs passés (deux siècles que le combat pour l'émergence d'une société non-capitaliste émancipée échoue !), sans considération des enjeux renouvelés du

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