Le jour de l’Aïd à Gaza

Médecin, Christophe Oberlin a effectué une quinzaine de missions dans les territoires palestiniens occupés. Il raconte l’attaque d’El Maghazi dont il a été témoin, le lendemain de la fête du mouton, fin décembre.

Christophe Oberlin  • 17 janvier 2008 abonné·es

Le jour de l’Aïd, on tue un mouton par famille ou une vache pour cinq familles, quand on en a les moyens. ABED/AFP

La vache se redresse péniblement. L'incision était bien placée, mais le couteau un peu trop court pour être pleinement efficace. Celui qui pratique le sacrifice, en ce jour de l'Aïd, est un gynécologue obstétricien spécialiste de fécondation in vitro. Deux de ses frères, l'un électronicien, l'autre chirurgien réputé, sont là, avec leurs enfants. Tous contemplent le spectacle, sans compassion apparente, avec plutôt une intense curiosité. Je m'interroge sur l'absence d'émotion visible chez ces enfants dont le plus jeune doit avoir 5 ou 6 ans. La réponse est peut-être sur les murs qui nous entourent, tapissés de photos de visages au format d'affiches. Les plus fraîches ont toujours leurs couleurs : Amer, 20 ans, assassiné en juin dernier. Son meilleur ami, Walid, le tient affectueusement par l'épaule. Il a été tué trois semaines plus tard. Les autres affiches, plus anciennes, montrent des visages délavés, tirant sur le bleu ciel. Et je sais que ces enfants ont vu, touché et embrassé leur cadavre.

Quand la bête est définitivement à terre, les plus grands séparent la peau des muscles puis désarticulent les quatre membres, suspendus pour être découpés en larges tranches qui atterrissent dans des cuvettes en plastique. Les plus petits travaillent par groupes de deux. L'un tient solidement l'extrémité d'un gros morceau de viande, tandis que l'autre agrippe

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »
Entretien 17 avril 2026 libéré

« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »

Fondateur de la maison indépendante et engagée Agone, Thierry Discepolo revient sur l’affaire Grasset et dénonce les effets de la concentration capitalistique dans l’édition.
Par Olivier Doubre
Des poètes pour sauver le monde
Idées 17 avril 2026 abonné·es

Des poètes pour sauver le monde

Aurélien Vandal s’interroge sur le pouvoir de la poésie face aux souffrances, aux inégalités et à l’oppression. Dans un ouvrage très original, il propose huit portraits et textes de « veilleurs » dont les vers apportent un espoir de résistance aux dominations.
Par Olivier Doubre
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas