« Le lobby des OGM est d’une efficacité redoutable »

Sénatrice des Verts, Marie-Christine Blandin vient de batailler ferme
au cours
des deux passages
de la loi
sur les OGM au Sénat. Elle dénonce ici les pressions exercées par les pro-OGM sur les parle-mentaires.
La face cachée de la démocratie.

Claude-Marie Vadrot  • 24 avril 2008
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Le lobby pour les OGM a intensifié son offensive depuis le début de la crise alimentaire mondiale. Comment cela se manifeste-t-il ?
Marie-Christine Blandin : Les pressions ont été à la fois amicales, diffuses, conviviales et complexes ; donc d’une efficacité redoutable, implacable.

Quelles formes prennent-elles ?
D’abord, depuis longtemps – car l’offensive a été préparée de longue date –, par de luxueuses brochures éditées par les semenciers, sur papier glacé, très pédagogiques, avec de belles illustrations, où ils vantent leurs actions et leurs produits. Et, surtout, dans lesquelles ils parlent de façon louangeuse du rôle des parlementaires et de leurs fonctions. Et dans certaines de ces brochures, les amendements sont tout prêts.

La littérature habituelle…
Non, il s’agit de publications éditées spécialement pour les parlementaires, donc à faible tirage. Le plus surprenant est que ces brochures sont signées à la fois par le Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis) et par l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), qui regroupe les fabricants de produits phytosanitaires. Démarche paradoxale puisque les modifications génétiques sont censées éradiquer l’utilisation de ces produits. Ces gens sont tellement sûrs d’eux qu’ils ne craignent pas la contradiction, persuadés qu’elle passera inaperçue.

Sont-ils si naïfs ?
Il n’y a pas que cela, bien sûr. Régulièrement, nous recevons de modestes informations, mal présentées, d’origine mal définie, sous le couvert d’une étrange association, qui publie un quatre-pages, Agriculture et environnement [[Renseignements pris, certaines des informations sont envoyées par une lettre confidentielle publiée par une officine de conseils en économie et en environnement,
Amos Prospective, soutenue par les sociétés agroalimentaires et dirigée par un Franco-Danois, Gil Rivière-Wekstein. La plupart des textes de cette lettre sont ouvertement pronucléaires et soutiennent les positions les plus ultras de l’agriculture intensive et des multinationales des semences et des produits phytosanitaires.]]. Sur tous les thèmes, cette feuille, un véritable libelle, attaque violemment ceux qui mettent en doute l’agriculture intensive et évoquent le réchauffement climatique. On y trouve des calomnies, des diffamations sur le professeur Belpomme, Greenpeace, Nicolas Hulot, le WWF ou l’association Kokopelli. Souvent des attaques sordides. Avec un ton presque militant. Comme ce n’est pas sur papier glacé, c’est presque plus efficace !

Les parlementaires y croient ?
En général, ils reprennent sans aucun esprit critique le contenu de ces feuilles. Comme les gens de l’Association française pour l’information scientifique (Afis), qui se donne comme but de « promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des opérations charlatanesques » . Ils sont présents dans tous les colloques, dans toutes les réunions, ils ont des moyens. Ils ont regretté publiquement qu’une « chaîne publique ait diffusé le film sur Monsanto de Marie-Monique Robin » ; ils l’attaquent de toute part.

Et la corruption ?
C’est beaucoup plus subtil que cela. Il y a notamment un cabinet de lobbying, Boury et associés, qui travaille pour les grandes sociétés. Ses membres repèrent ceux qui ont du poids, de l’influence, et ils les invitent chez Ledoyen, un restaurant de luxe des Champs-Élysées. Le Gnis y reçoit régulièrement des parlementaires, ils y sont entre eux, entre happy few . Une fois, je me suis fait avoir. J’y suis allée, j’ai discuté mon point de vue avec un autre parlementaire. Ensuite, ils ont publié un compte rendu de ce déjeuner en ne reprenant que leurs arguments. Avec comme mention que j’étais « à leurs côtés » , comme si j’étais d’accord avec eux.

Les voyages ?
C’est l’artillerie lourde, ils emmènent des parlementaires en voyage lointain, un ou deux à la fois, un de la majorité, un de l’opposition. Là, évidemment, on ne m’invite pas ! Et puis, pour les pressions sur les autres parlementaires, il y a l’incontournable Jean Bizet [[Jean Bizet, sénateur UMP de la Manche, vétérinaire et fils du député Émile Bizet, également vétérinaire, qui défendit le veau aux hormones, est le porte-parole tout à fait officiel et reconnu du lobby agricole depuis des années et organise tous les colloques.

Monde
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