Eric Hobsbawm : «Je reste un historien engagé»

Dans un livre rassemblant de récentes interventions aux confins de l’histoire et de la science politique, l’historien britannique Eric J. Hobsbawm analyse la période depuis 1989, marquée par l’hégémonie américaine. Et nous livre, à 91 ans, son approche du métier d’historien.

Olivier Doubre  • 7 mai 2009 abonné·es
Eric Hobsbawm : «Je reste un historien engagé»

Politis : Dans les premières pages de votre autobiographie [^2], vous écriviez que votre livre sur l’histoire du XXe siècle, « l’Âge des extrêmes » [^3], était celui d’un « participant observer » , qu’on peut traduire aussi bien par « observateur participant » que par « spectateur engagé ». Que signifie pour vous ce terme, et ce nouveau livre qui paraît aujourd’hui est-il aussi une réflexion sur le début du XXIe siècle, écrite par un « spectateur engagé » ?

Eric J. Hobsbawm : Ce terme signifie pour moi qu’il faut toujours essayer d’être un scientifique indépendant et rigoureux, mais en ayant en même temps un point de vue vis-à-vis du sujet sur lequel on travaille. C’est une notion qui a été forgée par les chercheurs en sciences sociales, qui, lors d’enquêtes de terrain, revendiquaient leurs convictions socialistes et ne cachaient pas leur sympathie pour les milieux sur lesquels ils travaillaient. Le problème pour un chercheur est de maintenir un certain degré d’empathie tout en continuant à mener des recherches et des analyses rigoureuses, et de ne pas tomber dans la propagande ou l’idéologie. C’est ce à quoi j’ai toujours essayé de me tenir. Or, si je me suis toujours considéré comme un « historien engagé [^4] », c’est que je crois qu’il est impossible de faire de l’histoire en pensant atteindre une hypothétique neutralité. Je suis un chercheur qui ne cache pas son engagement pour certaines idées politiques, mais qui s’efforce toujours, en dépit parfois de certaines proximités idéologiques, de conserver une distance afin de ne pas transiger avec la rigueur scientifique. Savoir ensuite dans quelle mesure on réussit à tenir cet équilibre difficile, c’est une autre question !

Vous avez montré que le « court XXe siècle » a été notamment marqué par une modification radicale du rapport au passé, ou plutôt du « passé dans le présent ». Diriez-vous qu’il est plus difficile d’être un historien aujourd’hui, vu cette sorte d’accélération du temps à laquelle on assiste et de mise à distance du passé ?

Je ne crois pas vraiment qu’il soit plus difficile d’être un historien aujourd’hui que par le passé. Cependant, les

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