« Indignés » : la « démocratie réelle » dans l’étau policier

À Madrid, où le campement a été levé dimanche, comme en France où les forces de l’ordre bloquent l’accès aux places publiques, le mouvement pour une « démocratie réelle » doit tenter d’exister sous une forme nouvelle pour durer.

Erwan Manac'h  • 15 juin 2011
Partager :
« Indignés » :  la « démocratie réelle » dans l’étau policier
© Photo : AFP / Aurelien Covasso / citizenside.com

Voilà presque un mois qu’il manifestent par milliers à travers l’Europe contre les plans d’austérité et pour une « démocratie réelle ». En Espagne comme en France, les « indignados » ont un cap délicat à franchir. Il s’agit désormais de s’inscrire dans la durée et de rester mobilisé.

L’occupation de la Puerta del Sol au cœur de la capitale ibérique, devenue un emblème du mouvement, a été levée dimanche. Les manifestants madrilènes ont voté ce démantèlement pour laisser place à des assemblées de quartiers et préparer une caravane qui sillonnera le pays du 19 juin au 19 juillet.

En France, le mouvement perdure autour d’un noyau dur, une fois éteint le feu médiatique des premiers jours. Chaque soir, des manifestants de tous horizons se réunissent par dizaines dans de nombreuses villes françaises – entre 100 et 200 à Paris – et les « commissions » poursuivent leur travail pour élaborer des propositions, votées chaque semaine en assemblées générales. Mais les « indignés » français ne sont pas assez nombreux pour installer des campements sur les places publiques, comme les Espagnols l’on fait avec succès. Pour ne rien arranger, dans l’Hexagone, les autorités ont choisi la fermeté systématique contre le mouvement.

Les gendarmes mobiles ont plusieurs fois encerclé les rassemblements, retenant pendant plusieurs heures parfois les participants dans des « gardes à vue collectives ». « La moindre de nos actions est suivie par un nombre impressionnant de gendarmes , raconte Bruno de la commission communication du mouvement parisien. Cela montre que les autorités ont peur de l’ampleur que nous pouvons prendre. C’est une question politique. » « Le gouvernement tente clairement de nous empêcher de grandir » , juge aussi Julien de la même commission. « Il maintient une pression pour que les gens s’épuisent, sans toutefois nous réprimer franchement pour éviter que cela ne soulève un mouvement de sympathie » , ajoute encore Benjamin qui anime le site internet réelledémocratie.fr.

Vendredi 10 juin à Paris, 200 personnes ont tenté en vain d’installer un campement peu après 19h. Les tentes ont été rapidement arrachées par une centaine de gendarmes et une cinquantaine de manifestants ont entamé une nuit à la belle étoile. Plus tard dans la nuit, ils ont été sommés de quitter les lieux.

Illustration - « Indignés » :  la « démocratie réelle » dans l'étau policier


Parvis de l’opéra Bastille, mardi 14 juin.

Flou juridique

À Paris, depuis l’installation d’un campement évacué par la force le 29 mai, les « indignés » n’ont plus accès aux marches de l’opéra Bastille, point de rendez-vous symbolique du mouvement. La direction de la structure évoque une question de sécurité et des travaux qui devraient être menés sur l’escalier où se réunissaient les parisiens. Mais rien n’avait été entrepris ce mardi 14 juin sur le perron tant convoité. Des « questions d’hygiènes » sont aussi soulevées par la « porte-parole » , embarrassée, de l’opéra Bastille, qui tente de rejeter la responsabilité de l’expulsion sur les forces de l’ordre. De son côté, la préfecture de police ne souhaite faire « aucun commentaire » à ce sujet et renvoie vers… le ministère de l’Intérieur.

Face à cette fermeté toute politique, les « indignados » veulent montrer des signes d’optimisme et croire en l’efficacité de leur expérience « spontanée et a-partisane » , largement incomprise par les grands médias et les partis politiques. La mobilisation doit s’inscrire dans la durée, disent-ils, comme un laboratoire de « démocratie réelle » . « Le mouvement se cherche , estime Julien. Plusieurs directions sont envisagées : camper, attendre, varier les actions… mais nous entrons dans une nouvelle étape, nous voulons nous implanter dans le paysage et durer. »

Les assemblées générales réunies dans toute la France ce week-end se sont concentrées sur l’organisation d’une journée de manifestation mondiale, prévue dimanche 19 juin. Un test important qui conditionne la survie d’une dynamique privée de symboles depuis que les places publiques sont quadrillées par la police, partout en France.

Illustration - « Indignés » :  la « démocratie réelle » dans l'étau policier


Place de la Bastille, 29 mai 2011.


→ Soutenez le premier reportage collaboratif de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice.

Politis.fr

Société
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur
Reportage 13 mars 2026 abonné·es

À Nanterre, dans la cité Pablo Picasso, des habitants montent au front contre leur bailleur

La tour 19 de la célèbre cité, comptant 38 étages et près de 180 logements, est privée de certains de ses ascenseurs depuis plusieurs mois. Une problématique qui s’ajoute à une insalubrité de plus en plus criante. Les habitants se mobilisent contre le bailleur, Nanterre Coop Habitat.
Par Pierre Jequier-Zalc
« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »
Entretien 13 mars 2026

« La vraie opposition, c’est les puissants contre les précaires, pas les Calaisiens contre les exilés »

Face à la maire Natacha Bouchart et à la poussée de l’extrême droite, la liste « Calais à gauche toute » veut rompre avec la politique d’hostilité menée contre les personnes exilées. Juliette Delaplace, figure associative et numéro deux de la liste, détaille comment une municipalité peut résister à la militarisation de la frontière.
Par Pauline Migevant
Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial
Enquête 12 mars 2026 abonné·es

Familya, l’association pro-Stérin qui menace le Planning familial

Avec ses cadres issus de la sphère réactionnaire et ses financements catholiques anti-IVG, dont le Fonds du bien commun du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, Familya profite des caisses exsangues du Planning familial et de la négligence des pouvoirs publics pour asseoir sa vision conservatrice de la famille.
Par Chloé Bergeret