Indonésie : la loi des hussards de la terre

Les firmes agro-industrielles, avec l’appui des pouvoirs publics, accaparent des millions d’hectares pour des plantations industrielles, souvent au mépris des paysans installés depuis des décennies. Certains résistent pourtant et tentent de faire valoir leurs droits.

Patrick Piro  • 4 juillet 2013 abonné·es

Le ruban de terre battue ondule sans fin sur le dos des collines au milieu d’un océan de palmiers à huile. Des millions de clones alignés en une implacable géométrie. Notre guide est nerveux, en alerte dès que passe un véhicule. Des vigiles patrouillent sans uniforme pour juguler les débordements au sein de la plantation. Au village de Talang Ucin, sur la commune de Lais, au sud de Sumatra (Indonésie), des centaines de paysans occupent symboliquement une petite aire de palmiers, au moyen de banderoles et d’une tente sommaire. Ils réclament depuis des années la rétrocession de terres dont ils ont été spoliés. Et ils sont à bout. En mai dernier, ils ont brûlé du matériel de la compagnie agro-industrielle et entravé son activité, déclarant qu’ils tiendront jusqu’à obtenir satisfaction.

La région est peu à peu passée sous la coupe de grandes monocultures dans les années 1980. « Sous Suharto, aucune revendication n’était possible, on avalisait en silence le statu quo des occupations foncières », commente Mastum, qui ne livre que son nom de résistant. Mais le départ du dirigeant autoritaire en 1998, s’il a libéré les revendications, a laissé place à un régime libéral encore moins protecteur pour les petits paysans. « La terre est devenue un vaste business », commente Mastum. À Lais, la PTPN 7, entreprise étatique, a entrepris des démarches pour légaliser définitivement son emprise sur des milliers d’hectares. Grâce à un stratagème souvent brandi par les entreprises, avec la complicité des politiques locaux : se prévaloir de la colonisation néerlandaise ! Les terres de

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Écologie
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