Israël-Palestine : le score de la liste arabe, véritable événement de l’élection

Au-delà du succès du discours sécuritaire de Benyamin Netanyahou, la véritable leçon du scrutin est cette percée de la liste arabe unie, qui devient la troisième force du pays.

Denis Sieffert  • 18 mars 2015
Partager :
Israël-Palestine : le score de la liste arabe, véritable événement de l’élection
© Photo : Les candidats de la liste arabe unie, à Nazareth le 17 mars 2015. De gauche à droite, Jamal Zahalka, membre du parlement, le leader de la liste unie Ayman Odeh et le membre du parlement Ahmad Tibi. (AHMAD GHARABLI / AFP)

Une fois de plus, le réflexe sécuritaire, qui est l’autre nom de la peur, a été décisif dans une élection israélienne. En jouant sur tous les amalgames et toutes les démagogies, en mêlant dans un même discours le nucléaire iranien, Daesh et les Palestiniens, Benyamin Netanyahou a retourné à son profit une situation qui semblait lui être défavorable. Son argumentaire qui repose toujours sur l’idée d’une «menace existentielle» pour Israël a finalement prévalu sur la colère sociale. Cela dit, l’événement majeur de ce scrutin n’est pas tant la victoire du Likoud, qui recueillerait 29 sièges, sur l’Union sioniste (centre-gauche), qui plafonnerait à 24 sièges, que la spectaculaire percée de la liste arabe unie. Celle-ci, qui obtiendrait 13 ou 14 sièges, devient la troisième force du pays. C’est la première fois que les un million six cent mille Arabes israéliens s’impliquent ainsi dans la vie politique de l’Etat hébreu, avec un fort taux de participation. Leur attitude sera décisive dans les jours à venir.

Car, le succès de Netanyahou ne signifie pas automatiquement qu’il pourra obtenir les 61 sièges nécessaires à la Knesset pour former un gouvernement. D’autant que sa remontée s’est visiblement effectuée aux dépens de ses deux principaux alliés d’extrême-droite, le Foyer juif, de Naftali Bennett, le parti des colons, et Israël Beytenou, du fascisant Avigdor Lieberman, l’un et l’autre grands perdants de ces élections. Les leaders des deux partis dits « centristes », Yaïr Lapid (11 sièges), et Moshe Kahlon (10 sièges) semblent plutôt enclins à rallier une coalition avec le centre gauche. Mais, en Israël encore plus qu’ailleurs, le débauchage est un sport national. On se vend au plus offrant… Tout pronostic est donc hasardeux. La véritable inconnue est la liste arabe. Son leader Ayman Odeh a déjà fait savoir qu’il ne participerait à aucun gouvernement. Mais il peut opter pour un soutien sans participation. Une position qui pourrait théoriquement assurer une majorité au leader de l’Union sioniste (centre-gauche), Itzhak Herzog, mais qui peut aussi pousser Yaïr Lapid et Moshe Kahlon dans le camp d’en face.

Quoi qu’il en soit, et sans se perdre en conjectures, il faut retenir ce qui est à nos yeux l’essentiel : le thème de la campagne de la liste arabe. La revendication d’une «égalité civique» pose habilement, et démocratiquement, la question des droits de tous les non-juifs de la Méditerranée au Jourdain. Elle réintroduit la question palestinienne dans sa dimension sociale et politique. Car la grande erreur des commentateurs est de croire que la question palestinienne, parce qu’elle a été évacuée des discours, tant par la droite que par le centre-gauche, a disparu. Les déclarations de Netanyahou, qui a affirmé en fin de campagne qu’il n’y aurait jamais d’Etat palestinien, comportent pour lui et son pays beaucoup de risques. Elles mettent Israël encore plus en porte-à-faux face aux discours officiels de la communauté internationale. Elles légitiment pleinement la relance par l’Autorité palestinienne des plaintes devant la cour pénale internationale. Et elles créent de fait un point de convergence entre les Arabes israéliens et les Palestiniens des Territoires occupés. Plus la perspective d’une solution à deux Etats s’éloignera et plus cette convergence s’affirmera. Mais on sait depuis longtemps que Netanyahou est un apprenti-sorcier qui ne lésine pas sur les moyens quand il s’agit de sauver son pouvoir. Un pouvoir au service d’une idéologie qui est celle des colons.

Monde
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La bande de Gaza engloutie par les déchets
Reportage 23 avril 2026 abonné·es

La bande de Gaza engloutie par les déchets

Depuis deux ans et demi, les résidus alimentaires et médicaux de l’enclave palestinienne ne sont plus traités ni collectés. Une autre urgence sanitaire pour une population déjà asphyxiée par le quotidien d’une guerre sans limite.
Par Shima Elnakhala et Céline Martelet
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez
Récit 21 avril 2026 abonné·es

À Barcelone, un sommet pour relever le centre-gauche… et sauver Pedro Sánchez

À Barcelone, la Global Progressive Mobilisation a rassemblé des milliers de responsables politiques pour afficher une relance du centre-gauche international. Une vitrine bienvenue pour Pedro Sánchez, en difficulté sur le plan intérieur.
Par Pablo Castaño
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice