L’espoir fauché des agriculteurs

Jeudi, le gouvernement a promis une aide de 3 milliards d’euros aux agriculteurs. Des mesures qui créent des dissensions au sein de la FNSEA, comme nous l’avons constaté au coeur de la manifestation parisienne.

Marianne Naquet  • 7 septembre 2015
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L’espoir fauché des agriculteurs
© Crédits photos : CITIZENSIDE/DENIS PREZAT / CITIZENSIDE.COM (en haut) Pierre-Yves Baillet (corps de l'article).

La tête de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) critiquée par ses militants. Lors de l’annonce du plan d’aide du gouvernement, Xavier Beulin, président de la FNSEA, premier syndicat agricole de France, s’est fait hué et accusé d’être un « vendu » .

Ce dernier estime que   «le gouvernement a entendu»   les agriculteurs et que les mesures d’urgences prises par le gouvernement sont concrètes pour répondre à leur désarroi. Manuel Valls a annoncé des mesures de soutien économique pour l’investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros en trois ans, ainsi qu’une «année blanche» sur les dettes bancaires et des rallonges financières aux exploitations les plus mals en point.

Selon Laurent Grocol, éleveur dans la Somme, il faudrait : « Beaucoup plus simplifier les démarches administratives, baisser les charges, et revoir les normes.»   

« Il y a un vrai ras-le-bol ! »

Pour l’un des responsables de l’USAA (Union des Syndicats Agricoles de l’Aisne) : « Il y a un vrai ras-le-bol, la situation s’est aggravée depuis 2010 » . Et de poursuivre : «Nous ne sommes pas des jardiniers de la nature, comme certains politiques nous considèrent. L’agriculture française est une agriculture de pointe, avec une sécurité sanitaire, une exigence de qualité, mises en concurrence avec d’autres pays qui n’ont pas les mêmes contraintes. Il faut laisser les agriculteurs travailler» .

Un état des lieux confirmé par Thomas Moreau, jeune agriculteur de 20 ans, voulant s’installer dans l’Aisne. Il se dit victime d’un système administratif incohérent puisque son dossier est gelé depuis plus d’un an, bloqué par le changement de régime de la PAC.   «Si aujourd’hui je devais le refaire, je ne le referais pas. Sans l’aide de mes parents, je serai mort. Il y a beaucoup de jeunes qui ont coulé leur exploitation ainsi que celles de leurs parents.»

Illustration - L’espoir fauché des agriculteurs

« Le fossoyeur Beulin aux manettes »

En réponse au «message d’amour»  du gouvernement, si certains ont hurlé «Restons unis !» , d’autres restent peu convaincus par l’action de la FNSEA et de son patron, Xavier Beulin. Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, a dénoncé dans Le Parisien, une vision «industrialiste» de la FNSEA, et a pointé du doigt son président «le fossoyeur Beulin aux manettes» que certains estiment être le «véritable ministre de l’agriculture» .

Lire > « Un gouvernement à la botte de la FNSEA » : l’autre son de cloche de la Confédération paysanne
Lire > Élevage : «Nous sommes à la fin d’un modèle productiviste»

Ce sentiment est partagé par de nombreux militants affiliés à la FNSEA tel que Sébastien Laouzouen : «On a fait le job mais on n’a pas été respectés. Regardez, j’en pleure. Mais il faut rentrer maintenant.» Si, place de la Nation, tous semblaient faire le même constat, peu s’accordent sur les solutions à apporter. Et beaucoup s’interrogent sur l’avenir d’un métier «où la passion ne suffit plus» , et où le désespoir est devenu monnaie commune. On dénombre en moyenne un suicide d’agriculteurs tous les deux jours.

Écologie
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