Les candidats à l’élection américaine et le climat

Quatre candidats, deux Républicains et deux Démocrates, conservent des chances de se retrouver en « finale » début novembre. Les scientifiques inquiets et la presse des Etats-Unis ont tenté ces derniers jours de les départager du point de vue de leurs positions sur les changements climatiques.

Claude-Marie Vadrot  • 29 mars 2016
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Les candidats à l’élection américaine et le climat
© Photo: ROBYN BECK / AFP

Donald Trump, Républicain, vient de réaffirmer dans une rare interview donnée au Washington Post:

Je pense qu’il y a peut-être un changement climatique mais je ne crois pas que les activités humaines en soient la cause.

Il a précisé à plusieurs reprises: « Nous devrons nous débarrasser de l’Agence Fédérale pour l’Environnement. Elle ne sert à rien puisque notre environnement est en bonne condition. » Il pense que, comme dans les années 20, la planète s’achemine désormais vers un cycle de refroidissement. De toute façon, il explique à la presse et à son public que le risque climatique est beaucoup moins grave, s’il existe, que le risque nucléaire et les dangers de guerre « parce que nous ne savons pas qui a des bombes atomiques et qui dispose d’armes de destructions massives ». Et il répète sans cesse que le « réchauffement climatique a été inventé par la Chine pour déstabiliser l’industrie américaine ». Il refuse en général, de discuter de la question climatique avec la presse et ses contradicteurs. Finançant sa campagne électorale avec sa propre fortune, il n’a reçu aucune contribution des compagnies énergétiques mais est soutenu par le Tea Party qui nie également le réchauffement comme… « contraire aux enseignements de la Bible ».

Ted Cruz, sénateur Républicain du Texas, a fait publier une longue étude très fouillée attaquant la science du climat. Et pendant que les journaux américains rendaient compte quotidiennement des travaux de la Conférence de Paris en décembre, il organisait au Sénat des auditions pour lesquelles il avait réuni quelques scientifiques « négationnistes ». L’objectif était de prouver aux autres sénateurs que le réchauffement climatique n’existait pas et n’était qu’un leurre politique. Et « que le gaz carbonique constitue une chance pour la croissance des plantes et des arbres puisque grâce à ce CO2, la planète est plus verte que jamais ». De toute façon, explique-t-il, le réchauffement global « est une idée profondément erronée comme le montrent l’évidence et les chiffres disponibles». Par exemple il refuse de croire que les émissions de CO2 ont augmenté d’un tiers depuis les années 50. Il ajoute souvent qu’il n’est pas un « fan » de l’Agence Fédérale pour l’Environnement et que, Président, il donnerait plus de pouvoirs au Département Fédéral de l’Energie. Logique, puisque sa campagne électorale est alimentée par les compagnies pétrolières et charbonnières (932 000 dollars d’après les journaux américains).

Hillary Clinton, Démocrate, ex-ministre des Affaires étrangères, reconnait l’existence du réchauffement climatique, souhaite supprimer progressivement l’utilisation du charbon et, comme présidente, lancerait un programme de 25 milliards de dollars consacré aux énergies renouvelables. Elle affirme que « la montée des niveaux des mers a atteint un record depuis le début des années 2000 et que le niveau du CO2 dans l’atmosphère avait atteint un niveau inégalé depuis des milliers d’années ». Mais, il y a quelques mois, elle a refusé de prendre position sur le projet de l’oléoduc Keystone venant du Canada auquel le Président Obama a opposé son veto. A noter que, selon la presse, elle a reçu 277 000 dollars pour sa campagne, des compagnies énergétiques.

Bernie Sanders sénateur démocrate du Vermont, qui assure que le terrorisme est en partie lié au réchauffement, a expliqué à plusieurs reprises que le changement climatique met en danger « l’avenir de nos enfants », que l’atténuer ou le faire disparaître « est notre devoir moral », que les climato-sceptiques luttent « contre l’évidence », « qu’il fallait taxer les industriels en fonction de leurs émissions de gaz carbonique » et « priver de subventions les compagnies gazières et pétrolières ». La presse a enregistré, depuis 2001, 12 votes de Sanders au Sénat contre les industries et projets énergétiques et qu’il a réclamé la ratification du Protocole de Kyoto (1997) signé mais jamais approuvé par le Congrès américain. Finançant sa campagne avec des petits dons, il n’a reçu aucune contribution des compagnies énergétiques.

Monde
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