Bure : 400 militants anti-nucléaire ont réinvesti le bois

Les forces de l’ordre les avaient chassé du bois Lejuc, à Mandres (Meuse). Ils y sont revenus en nombre samedi dernier.

Patrick Piro  • 18 juillet 2016
Partager :
Bure : 400 militants anti-nucléaire ont réinvesti le bois
© photo : Sébastien Bonetti

Parole tenue : ils avaient annoncé qu’ils reprendraient le bois Lejuc, après en avoir été chassé à l’aube du 7 juillet. Ils étaient une quarantaine. Samedi dernier, 400 à 500 militants opposés à la création du gigantesque centre d’enfouissement sous-terrain de Bure (Meuse, près de Mandres) pour les déchets nucléaires français les plus radioactifs et les plus pérennes, sont revenus avec outils, gamelles et sacs de couchage pour reprendre position.

La petite troupe, jeunes, vieux, masqués ou pas et principalement habitants de la région, a contourné sans trop de difficultés la centaine de gendarmes mobiles et de vigiles affectés à la protection du site, dans l’incapacité d’interdire intégralement l’accès aux 220 hectares de la parcelle boisée. L’accès principal reste cependant tenu par les forces de l’ordre, qui permettent à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), propriétaire contestée du bois, de poursuivre les travaux de déboisement et de terrassement entamés en mai dernier.

Les opposants les jugent illégaux, ce qui avait justifié la première occupation du bois, le 19 juin. C’est sous haute surveillance que les engins de l’Andra ont repris ce matin les coupes d’arbres et la construction d’un mur de béton destiné à sécuriser une plate-forme d’opération.

© Politis

Sur le terrain, les occupants s’insurgent contre la troublante connivence entre les gendarmes et les vigiles privés de l’Andra, ces derniers semblant commis au sale boulot de nervis des forces de l’ordre – bastonnade, coups sur le crâne, gazages à bout portant, vols d’effets de militants :

Nous tenons à dénoncer le caractère insupportable des ces violences graves infligées par la milice privée de l’Andra et de la connivence à peine cachée de ces dernières avec les forces de gendarmerie. Nous condamnons la présence de groupes armés et violents distillant un tel climat de terreur pour le compte de l’Andra.

Et la résistance se ramifie. Les militants, s’ils entendent « perturber » durablement les travaux de l’Andra par cette occupation partielle du bois, ont commencé à élargir leur action. Ce lundi matin, quelques-uns d’entre eux ont bloqué de 8h à 9h30 l’entreprise de travaux publics Vichard frères, à Joinville (25 km de Bure), sous-traitant de l’Andra. « Notre message : c’est toute la filière nucléaire que nous entendons bloquer par notre action », précise un militant.

Prochaines étapes :

• samedi 23 juillet, la constitution pour Bure d’un collectif de « naturalistes en lutte », à l’image de celui qui a révélé la grande biodiversité du site de Notre-Dame-des-Landes

• Les 13 et 14 août, nouveau grand rassemblement d’opposants à Bure, pour consolider la résistance, « et cibler l’avancée du chantier de l’Andra ».

Écologie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles
Reportage 30 avril 2026 abonné·es

LGV Bordeaux-Toulouse : main basse sur les terres agricoles

Pour déployer sa nouvelle ligne, SNCF Réseau doit acquérir du terrain au titre de la compensation écologique. En pleine crise du secteur, de nombreux viticulteurs sont tentés de vendre, car les prix proposés sont élevés. Au point d’écarter certains agriculteurs désireux de créer une activité.
Par Romane Gentil
La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas