« Humiliés », les hauts magistrats répliquent sèchement à François Hollande

Les « confidences » du président de la République à deux journalistes du _Monde_ suscitent une colère inédite de l’institution judiciaire qui compare François Hollande à Nicolas Sarkozy.

Politis.fr  et  AFP  • 13 octobre 2016
Partager :
« Humiliés », les hauts magistrats répliquent sèchement à François Hollande
© Photo : PATRICK KOVARIK / AFP

C’est avec une fermeté inhabituelle que les deux plus hauts magistrats de France ont reproché à François Hollande de leur avoir infligé une « humiliation ». Le premier président de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, Bertrand Louvel, et son procureur général, Jean-Claude Marin, ont demandé une entrevue à François Hollande, réalisée dans la soirée de mercredi, afin de « comprendre » les propos rapportés dans le livre Un président ne devrait pas dire ça… (Ed. Stock), écrit par les journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet. L’ouvrage, en librairie depuis le 12 octobre, porte décidément bien son nom, au vue des différentes polémiques déjà soulevées.

Dans ces « entretiens » (61 au total !) réalisés avec les reporters du Monde, François Hollande déclarait d’abord : « Je n’ai jamais espionné un juge, je n’ai jamais été financé par la Libye… », faisant implicitement référence aux démêlés de Nicolas Sarkozy avec la justice. Mais le chef de l’État, compatissant finalement avec son prédécesseur, évoque la géolocalisation par les juges de ses téléphones et déclare : « S’il n’y a rien dans le dossier, c’est choquant, c’est vrai », mais « c’est hélas le comportement de la justice ». Devenant franchement critique vis-à-vis de la magistrature, alors que la Constitution fait du président de la République le « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire », il finit même par parler d’une « institution de lâcheté… » :

Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique. La justice n’aime pas le politique…

Lors d’une audience solennelle organisée ce jeudi, les deux plus hauts magistrats de France s’en sont pris à François Hollande, au lendemain de leur entrevue. Les deux hommes ont d’ailleurs évoqué un rendez-vous qui « n’a pas atténué le sentiment que la magistrature [avait] ressenti face à une nouvelle humiliation ».

Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin ont d’ailleurs mis toute la solennité de la Cour de cassation au service de leur indignation, en ouvrant à la presse une audience prévue de longue date dans la « Grande chambre » de l’institution.

Sur fond d’or, de pourpre et d’hermine, le premier président de la Cour de cassation Bertrand Louvel a asséné qu’il n’était « pas concevable que la charge de président […] puisse être utilisée par son titulaire pour contribuer à diffuser parmi les Français une vision aussi dégradante de leur justice ».

Les deux haut magistrats ont également mis en le parallèle les propos de François Hollande avec ceux de l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui comparait les magistrats à des « petits pois sans saveur ». MM. Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin estiment que ces attaques répétées rendent plus indispensable que jamais un renforcement de l’indépendance de la justice.

Pour le premier président « il est plus que temps » que la justice « s’émancipe de la tutelle de l’exécutif » héritée d’une « tradition monarchique d’un autre temps », tandis que M. Marin, a estimé qu’il devenait « incontournable de régler […] la question de l’ordonnancement de nos institutions ».

Lorsqu’il était candidat, François Hollande avait en effet promis de modifier le statut du parquet pour mettre fin à la tutelle de l’exécutif sur les procureurs. Cette réforme constitutionnelle, introduite tardivement, a échoué en raison, entre autres, d’une volte-face de la droite, qui l’avait d’abord soutenue.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Entretien • 15 octobre 2026

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »

Raphaël Glucksmann est sorti large vainqueur de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique ». Conséquence, le Parti socialiste n’aura pas de candidat propre pour la présidentielle 2027. Le résultat divise déjà au sein de la formation. Une situation dont le premier secrétaire, Olivier Faure, sort affaibli.
Par Névil Gagnepain
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Analyse • 15 octobre 2026 abonné·es

Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient

1 500 communistes ont annoncé le 14 octobre leur ralliement à la candidature du leader insoumis. En parallèle, la victoire de Raphaël Glucksmann lors de la primaire socialiste provoque des remous chez les militants de gauche et semble acter une bipartition de la campagne. 
Par Névil Gagnepain
Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture
Politique • 12 octobre 2026 abonné·es

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture

Le candidat Renaissance et de La France insoumise à la présidentielle ont respectivement tenu meeting à Lyon samedi 10 octobre et près de Clermont-Ferrand dimanche 11, sur fond de mobilisation lycéenne. Alors que l’ancien Premier ministre défend une ligne fondée sur l’autorité et les devoirs, le leader insoumis dénonce le bilan éducatif des gouvernements macronistes.
Par William Jean et Névil Gagnepain
Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 libéré

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain