Élection de Macron : comment le PS a (presque) fait son « coming-out » centriste…

Dimanche soir, on a vu des pontes du Parti socialiste s’afficher tout sourire aux côtés des cadors de la droite modérée. Ce qui augure bien évidemment de la suite.

Pauline Graulle  • 7 mai 2017
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Élection de Macron : comment le PS a (presque) fait son « coming-out » centriste…
© photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

On n’avait encore jamais vu une recomposition politique en direct à la télévision. Voilà qui est fait. Ce soir, après la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, les plateaux télé ont donné le stupéfiant spectacle d’une tectonique des plaques politiques en accéléré. Avec, au premier plan, la grande réconciliation entre certains socialistes et la droite modérée.

Sur France 2, même François Baroin (LR), n’en croit pas ses yeux. « Ça m’étonne de vous voir tous ensemble », lâche-t-il, l’air un peu éberlué, devant le trio qui lui fait face : Ségolène Royal (PS), François Bayrou (MoDem) et Gérard Collomb (le maire de Lyon qui s’est vu retirer sa carte du PS, mais continue de s’en revendiquer). Un trio qui s’entend comme larrons en foire en ce début de soirée : tous sont galvanisés par le score de leur champion.

Certes, Ségolène Royal et François Bayou, c’est une histoire ancienne. On se souvient de leur rapprochement avorté dans l’entre-deux-tours, en 2007… Mais, désormais, les choses sont claires. Grand sourire accroché aux lèvres, la bientôt ex-ministre de l’Environnement ne tarit pas d’éloges :

Je salue les leaders de la droite qui ont pris position dès le premier tour. […] Je suis heureuse d’entendre de la droite des mots sensés. […] Il faut une majorité présidentielle pour continuer.

Le maire de Pau opine du chef. François Baroin y voit la preuve irréfutable qu’« En Marche ! va basculer à gauche ». « Bayrou est content de savoir qu’il est à gauche », ironise la journaliste Léa Salamé. Le maire de Pau se contente de répondre que « 80 % des électeurs du centre ont voté pour Macron ».

« PS et PS/Majorité présidentielle »

En face, Dominique de Villepin est sur le même petit nuage que Ségolène Royal et rend bien volontiers les amabilités à la socialiste : « Le président de la République doit disposer d’une majorité présidentielle ou d’une coalition pour faire avancer la République. Il doit réconcilier les Français. » Et Villepin de lâcher ce petit secret sur le désormais Président : il lui envoie des textos à 2 heures du matin… Surprise : Gérard Collomb en reçoit lui aussi en pleine nuit ! Preuve que Macron n’est pas sectaire…

Bruno Le Maire non plus. Entre le programme de Macron et celui de la droite, l’ancien candidat à la primaire LR ne voit que des « nuances », des « petites différences », presque rien, quoi… Pendant ce temps-là, sur Twitter, un autre candidat à la primaire, socialiste cette fois, Manuel Valls, réaffirme que « nous » – le PS – « [devons] bâtir une majorité présidentielle large et cohérente à l’Assemblée. Le temps est au dépassement et à la clarté pour réussir ».

Sur France 3, Olivier Faure, ex-patron des députés socialistes à l’Assemblée nationale, se réjouit lui aussi de l’élection de Macron. Selon lui, ça chamboule tout à gauche. Sur BFMTV, Malek Boutih, lui, est en roue libre : « Je prends le pari qu’Emmanuel Macron va réussir, son gouvernement va réussir et que la France va changer. C’est une victoire politique qui va transformer le pays ». Puis d’annoncer tout de go : « Je serai candidat [aux législatives] pour la majorité présidentielle. » Emmanuel Macron sera content de l’apprendre…

Retour sur France 2, où Julien Dray, proche de François Hollande, réclame encore que le PS soit « totalement dans la majorité ». À côté, il n’y a plus guère que Najat Vallaud Belkacem, proche de Benoît Hamon, et candidate aux législatives pour le PS, pour rappeler que « le sujet » – comprendre « le problème » –, c’est bien que le programme de Macron est « et de gauche et de droite ».

Mais entre les images du Louvre et les motos qui poursuivent le nouveau Président, il n’y a pas trop de temps pour approfondir… Au point que même David Pujadas est perdu : « Attendez, Jean-Marie Le Guen, vous vous sentez proche du PS ou d’Emmanuel Macron ? » « Je suis socialiste, mais pleinement dans la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron », répond l’ex-père Fouettard des frondeurs. Léa Salamé tente un résumé : « Bon, en fait, [au PS]_, il y a ceux qui sont au « PS point » et ceux qui sont « PS slash majorité présidentielle ». »_ Comprenne qui pourra…

Restait à savoir ce que pense de tout ça le socialiste en chef, Jean-Christophe Cambadélis. Depuis Solférino, le premier secrétaire a fait montre d’une prudence de sioux : « Personne ne peut souhaiter l’échec de ce quinquennat qui s’ouvre. Il faut maintenant penser à la France, ne pas préjuger et encore moins se réfugier derrière des raisons partisanes. » Lui-même a décidé de donner l’exemple, en acceptant d’accorder la double appartenance pour les candidats PS qui voudraient prendre les couleurs d’En Marche ! aux législatives. Ou en excluant de sa « plateforme législative » les propositions phares de Benoît Hamon, le candidat défait des socialistes. Lesquels, ce soir, se réjouissaient pourtant comme s’ils avaient gagné.

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