Adel Hakim, tragédien d’Orient

Ce grand homme de théâtre avait mis la cruauté contemporaine au centre de son œuvre.

La mort d’Adel Hakim, codirecteur avec Élisabeth Chailloux du Centre dramatique national du Val-de-Marne (La Manufacture des Œillets, à Ivry), nous touche dans une double résonance. C’est la perte d’un grand homme de théâtre et la disparition d’un homme qui, victime d’une maladie dégénérative – une sclérose latérale amyotrophique –, n’a pu avoir droit à la procédure de suicide assisté qu’il avait souhaitée, en raison de la législation française, qui l’interdit. Son dernier écrit réclame ce droit pour ceux qui sont victimes d’une souffrance incurable.

Adel Hakim meurt à 64 ans, après avoir fait preuve d’un immense courage souriant. Né en Égypte, formé au théâtre du Soleil, il a été un directeur de théâtre très actif, un metteur en scène omniprésent et un auteur sporadique. Pourtant, ses quelques pièces ont été à chaque fois des coups d’éclat. Exécuteur 14, créé par Jean-Quentin Chatelain, fait entrer le spectateur dans « le mental d’un guerrier », dont le modèle pourrait être un baroudeur de la guerre du Liban. Corps reprend le thème de Macbeth et transforme la forêt en personnalisation du destin. Récemment – c’était au mois de janvier – Des roses et du jasmin contait, à travers une longue fresque, les relations des Israéliens et des Palestiniens de 1945 aux années 2000, et montrait l’écrasement à la fois insidieux et militaire de tout un peuple. La pièce était jouée en arabe surtitré par le Théâtre national palestinien, venu de Jérusalem, et avec qui Hakim avait déjà monté une version modernisée d’Antigone de Sophocle_._ Rien de simplificateur dans cette chronique illuminée par un amour profond de l’humanité.

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