Grèce : Quand la pauvreté remplit les asiles

Alors que l’austérité a conduit à fermer plusieurs centres psychiatriques, ceux qui subsistent internent de plus en plus de pauvres en état d’abandon, faute de moyens et de services sociaux.

Angelique Kourounis  • 7 mars 2018 abonné·es
Grèce : Quand la pauvreté remplit les asiles
Un manifestant proteste contre les coupes budgétaires dans la psychiatrie en s’attachant à un brancard, le 10 octobre 2017, à Thessalonique.
© Grigoris Siamidis / NurPhoto / AFP

Il fait nuit, et le silence règne à l’hôpital psychiatrique de Daphni, à la sortie de la ville d’Athènes. Les bâtiments ne sont pas très grands. Ils ressemblent à des casernes militaires et s’étalent sur plusieurs hectares. Le silence, presque gênant, paraît une chape. Et puis au loin, on perçoit une petite musique. « C’est l’heure du salon, explique Hiraclis Gotsis, infirmier psychiatrique et syndicaliste. Après le repas du soir, les patients peuvent, si leur condition physique le permet, aller écouter de la musique ensemble avant d’aller se coucher. » Dans la salle à manger sont disposées des tables autour desquelles on peut s’asseoir à six. Tout est extrêmement propre. Et malgré l’heure avancée, la femme de ménage passe pour vider une dernière fois les poubelles. Mme Martha, la cantinière, attend patiemment qu’un jeune, arrivé il y a quelques jours, finisse son assiette. « Prends ton temps, petit », lui dit-elle alors qu’il lève vers elle des yeux presque apeurés. Et il le prend. Consciencieusement, il racle les derniers morceaux de courgettes, la sauce, prend un bout de pain, le met dans sa poche et quitte la salle, après avoir donné son plat vide à Martha, mais sans dire un mot. « Il vient d’arriver, il ne s’est pas encore acclimaté, expliquent deux infirmiers qui font aussi office de cantiniers, mais cela va venir. » En Grèce, il n’existe pas d’aides-soignants. Les infirmiers en milieu psychiatrique font tout : distribution de médicaments, soins particuliers, toilettes, douches, repas.

On se trouve dans le bloc n° 10 de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande
Récit 12 mars 2026 abonné·es

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande

Le programme nucléaire militaire iranien est au cœur de la rhétorique américano-israélienne pour justifier la guerre contre l’Iran. La campagne de bombardement engagée par le duo Trump-Netanyahou pourrait faire passer le régime dans une autre dialectique nucléaire.
Par William Jean
Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron
Analyse 12 mars 2026 abonné·es

Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron

Avec la nouvelle dissuasion avancée, Emmanuel Macron met la doctrine française au cœur du débat stratégique européen. Dans un contexte géopolitique instable, cette évolution se veut être une garantie d’indépendance militaire. Une démonstration de force qui montre aussi ses fragilités.
Par Maxime Sirvins
« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »
Entretien 12 mars 2026

« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »

Dissuasion avancée, intérêts vitaux européens, armes tactiques, désarmement : la chercheuse, Maïlys Mangin, décrypte les ressorts et les limites d’une mise à jour stratégique majeure opérée par Emmanuel Macron dans son discours à l’Île Longue.
Par William Jean
Au Chili, José Antonio Kast, le nouvel allié de Donald Trump
Monde 11 mars 2026 abonné·es

Au Chili, José Antonio Kast, le nouvel allié de Donald Trump

Le 11 mars, le président sortant Gabriel Boric a passé officiellement la main à l’ultraconservateur José Antonio Kast, après une période de transition conflictuelle au sujet d’un projet de câble sous-marin avec la Chine. Avec ce nouveau gouvernement, Donald Trump renforce son influence en Amérique latine et accentue les conflits dans la région.  
Par Marion Esnault